Un patrimoine unique bien protégé ? Petite chronique du pont Valentré …

Guylène Serin

– Après sa restauration dans les années 18701 par Paul Gout, ce monument défensif construit au XIVe siècle2 connut au cours du XXe siècle quelques petites mésaventures.

Pluie de pierres sous la tour est

La tour est se situe rive droite, côté ville. Le mardi 15 octobre 1929 au matin, un événement banal modifia durablement son allure.

Sous le titre « Au pont Valentré, du bruit pour rien », le Journal du Lot du vendredi 18 octobre 1929 rapporte les faits suivants :

«Mardi, M. Dalat, cantonnier du service des Ponts et Chaussées dans la rue Wilson, l’avenue de l’abattoir et sur le pont Valentré, faisant une tournée de surveillance, entendit la chute de grosses pierres sur le pont. Il se rendit sur les lieux. Effectivement il constata que du premier étage de la première tour, du côté de Cahors, quelques pierres s’étaient détachées et gisaient sur le sol. Il pouvait en tomber d’autres. Il s’empressa d’informer son chef de service, M. Fraysse, agent-voyer, de cet état de choses.

M. Fraysse prévint à son tour M. Bergounioux [sic]3 architecte des Beaux-arts, qui se rendit sur les lieux et donna l’ordre d’empêcher toute circulation sur le pont.

Des accidents étaient à craindre ; les passants auraient pu être blessés par la chute de pierres.

Or, on sait que le matin sur le pont passent de nombreuses laitières venant de Pradines, Labéraudie. M. Camboulive, entrepreneur, fit placer aux entrées du pont, quelques matériaux pour interdire toute circulation, et fit exécuter les travaux ordonnés par l’architecte des Beaux-arts. Mais, contrairement aux bruits qui circulaient en ville, il n’y avait pas « d’affaissement du pont Valentré provoqué par le feu d’artifice !!! »

Voici ce qui s’était produit : deux cintres sur quatre, soutenant les mâchicoulis en encorbellement de la 1ère tour du côté de Cahors, mais face à Cabazat, s’étaient désagrégés, et quelques grosses pierres étaient tombées. Ce désagrégement a été, disent les techniciens, provoqué par les gelées.

Les travaux, immédiatement exécutés, ont eu pour but de faire tomber les 2 cintres. On les reconstruira. C’est pour assurer ce travail de démolition que le passage du Pont a été interdit, mercredi, dans l’intérêt et la sécurité des passants.

Fig. 1 : Le pont Valentré avant restauration de la tour est (Photographie extraite du « Congrès archéologique, Ce session tenue à Figeac, Cahors et Rodez en 1937 par la Société Française

Et c’est la pioche des ouvriers de M. Camboulive qui a fait tomber une charretée de pierres. Mais c’est grâce à la vigilance de M. Dalat, cantonnier du service vicinal, que cette sécurité a pu être assurée dès le premier moment. La circulation sur le pont était rétablie dans la soirée de mercredi. L.B. »

Il s’agit donc des mâchicoulis ouest de la tour est. Une fois les deux cintres tombés, plus personne ne risquait d’accident en passant sous la tour. Cependant, comme nous allons le voir, les travaux de restauration des mâchicoulis vont être repoussés de près de vingt ans (1948-1949) et c’est ainsi que la silhouette de cette tour aux mâchicoulis interrompus par deux ouvertures béantes jusque-là occultées à la vue du public fera les beaux jours des magazines et des cartes postales jusqu’au milieu des années soixante sans que presque personne n’en remarque l’incongruité4

Voici un extrait de la séance du conseil municipal de Cahors paru dans le « Journal du Lot » du mercredi 14 mai 1930, donnant un aperçu des arguments avancés par la ville pour repousser les dépenses liées au pont Valentré.

« Conseil municipal, séance du 12 mai 1930.

Le conseil municipal s’est réuni lundi soir, sous la présidence de M. de de Monzie5, maire […] M. le maire indique que l’administration des Beaux-arts demande que des réparations soient faites au pont Valentré et que les frais de ces réparations soient supportés par la ville. M. le Maire trouve la demande excessive et propose de voter l’ordre du jour suivant : le conseil municipal de Cahors, saisi par le préfet du Lot d’une communication relative aux réparations que l’administration des Beaux-arts juge nécessaires pour la conservation du pont Valentré, s’étonne que cette administration fasse appel à la contribution du budget communal, motif pris que la commune de Cahors est intéressée à la conservation de ce monument. Observe que le pont Valentré n’est pas seulement une richesse locale mais aussi nationale et qu’il n’y a pas lieu d’engager les finances de Cahors pour le soutien des finances de l’État alors qu’il s’agit d’un des monuments les plus célèbres de France, auquel la nation toute entière est intéressée. Dans cet esprit le conseil municipal de Cahors prie M. le Préfet de faire connaître à M. le Ministre de l’Instruction Publique et plus spécialement au sous-secrétaire d’État aux Beaux-arts que la ville de Cahors est trop fière du pont Valentré pour le considérer comme un simple monument communal et refuse de contribuer à sa réparation […] »

Fig. 2 : Le pont Valentré après restauration de la tour est (Héliogravure extraite de l’ouvrage « Le Quercy » par R. Clozier, Ed. Arthaud, 3e trimestre 1953, p.125).

La tour ouest menacée mais intacte

Séparée de moins d’un mètre des Etablissements Larribe, la tour Ouest, côté Cabazac, rive gauche du Lot, réchappa de peu à la destruction de ses structures en bois à la suite d’incendies répétés survenus au moulin. Le dernier en date eut lieu le jeudi 7 août 1930.

«Violent incendie à Cabazat » titra le Journal du Lot :

«Jeudi matin, vers 11h50, la sirène retentit. De nombreux cadurciens dont les montres ne sont pas toujours à l’heure, crurent que, comme d’habitude, la sirène annonçait « midi ». Mais la persistance du sifflement était telle qu’il fallut se rendre à l’évidence […] Effectivement la gendarmerie et la police étaient informés qu’un incendie avait éclaté dans les Établissements Fargues-Bardin-Larrive [sic], à Cabazat […] la motopompe de la Compagnie du Gaz était sur les lieux, puis quelques minutes après l’arroseuse municipale […] C’est dans une vraie fournaise que les pompiers et de nombreux citoyens travaillèrent pour circonscrire le feu qui était alimenté par des matières sèches et des essences.

Dans l’établissement incendié est installée une industrie de concassage de coquilles de noix, dont la farine sert au fleurage du pain.

L’incendie a éclaté dans le bâtiment principal où se trouvent les machines. Les bâtiments nouvellement construits en bordure du chemin de halage ont pu être préservés.

Toutefois, il fallut songer également à protéger la tour du pont Valentré qui est presque attenante à l’établissement incendié […] la violence des flammes était telle que des flammèches auraient pu pénétrer dans les créneaux de la tour et incendier les planchers. Aussi bien M. Bergougnoux, architecte des Beaux-arts, qui était sur les lieux,tint à prendre toutes les précautions nécessaires.

Avec l’aide de quelques pompiers et de tirailleurs sénégalais, il pénétra dans la tour, tous munis de seaux d’eau et arrosèrent les planchers. À 13 heures, le feu était circonscrit. […] Le feu a pris dans la pièce où se trouve le compteur électrique […]. »

Paul Léon6, membre de l’Institut et directeur général des Beaux-arts au ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-arts, s’émeut de la situation dangereuse dans laquelle se trouve le pont et la tour. Depuis son bureau du Palais-Royal, il écrit le 30 septembre 1930 au préfet du Lot :

« Mon attention est attirée sur le danger que constitue, pour le pont Valentré, classé parmi les monuments historiques, la trop grande proximité du moulin qui vient de brûler pour la 3ème fois risquant de causer de graves dégâts à la tour dont le mur pignon n’est éloigné que de 95 cm.

Aussi vous prierai-je, en vous basant sur la législation des établissements dangereux, de n’autoriser la reconstruction de ce moulin qu’à une distance suffisante du pont pour que celui-ci ne risque pas d’être atteint par un nouvel incendie […] »

Le 10 décembre 1930, M. Faure7, président du syndicat d’initiative de Saint-Céré et du Haut-Quercy, membre de la section permanente de la commission des Sites et Monuments naturels adresse une lettre à Eugène Grangié8, président du syndicat d’initiative de Cahors :

« Monsieur le Président,

Fig. 3 : Vue des mâchicoulis effondrés, détail (carte postale, collection SEL)

M. Larribe, propriétaire de l’usine voisine du pont Valentré, songe à la réinstallation de cette usine détruite par le feu.

Il a appris que la commission des Sites et des Monuments naturels, songe à l’établissement autour du pont Valentré d’une zone de protection. Son désir n’est pas d’entrer en conflit avec cette commission.

Il se demande donc s’il doit envisager la reconstruction de l’usine à côté du pont ou s’il lui sera possible de s’entendre amiablement avec cette commission afin de pouvoir, après entente, établir son usine par ailleurs.

Je n’ai pu répondre par moi-même aux questions qu’il m’a posées à ce sujet.

Vous serait-il possible, de votre côté, de me donner quelques indications sur cette question ? […] »

Eugène Grangié transmet la lettre au préfet du Lot dès le lendemain, 11 décembre :

« Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous communiquer la lettre ci-jointe que je viens de recevoir de

M. Faure, président du syndicat d’initiative de St-Céré et membre de la section permanente de la commission des Sites et Monuments naturels, dont je suis le président.

Je vous serais reconnaissant, de vouloir bien demander à M. l’architecte des Beauxarts du département de vous donner son avis motivé sur cette affaire d’établissement d’une zone de protection autour du pont Valentré […] »

Création d’une zone de protection autour du pont

Le 11 février 1931, le représentant du ministre des Beaux-arts écrit au préfet, lui faisant à nouveau part des préoccupations du ministère quant à la sécurité des abords du pont :

« […] Mais un autre danger plus brutal menaçait jusqu’à ces derniers temps le pont Valentré. Une usine dressait à moins d’un mètre de la culée de rive gauche et de la tour qui la surmonte, un haut bâtiment. Pour la troisième fois, cette installation industrielle a été à la fin de l’été dernier, la proie d’un incendie. Bien que vigoureusement combattues, les flammes ont risqué d’embraser la charpente qui supporte le toit de la tour occidentale et cette catastrophe n’a été que difficilement conjurée […] ».

Nous y apprenons que le propriétaire de l’usine a déjà procédé, trois décennies plus tôt, à l’estimation de son terrain à la suite du deuxième incendie :

« […] M. Larribe indique de quelle façon il aboutit à son estimation. Il se base sur celle qui fut établie, il y a trente ans, à la suite du deuxième incendie de l’usine par une commission composée de M. Daymard9, ingénieur des Arts et manufactures, Borget, ingénieur en chef des Ponts et chaussées et Rodolosse10, architecte départemental du Lot […] ».

Le 10 juin 1931, Paul Léon écrit au préfet du Lot :

« Afin de sauvegarder la beauté du site constitué à Cahors par le pont Valentré et ses abords, la commission départementale des Monuments naturels et des Sites a proposé l’établissement d’une zone de protection :

  • à l’Est par la ligne du chemin de fer de Paris à Toulouse, depuis le carrefour d’avenues situé à l’Ouest de l’ancienne gare jusqu’au passage supérieur qui franchit la rue Victor-Hugo,
  • à l’Ouest, par la crête de la colline dite Pech d’Angély qui domine la fontaine des Chartreux.

J’ai l’honneur de vous faire savoir que ce périmètre assez étendu pouvant entraîner le paiement d’indemnités élevées, il m’a paru possible de limiter la zone de la façon suivante :

A/ à l’Est, c’est à dire du côté de la ville de Cahors, de la rivière à l’avenue des abattoirs, de l’usine d’appareillage électrique et aux terrains actuellement nus mais en instance de lotissement situés à l’entrée du quai Cavaignac jusqu’à la construction dite

« docks de l’alimentation » ; sur le reste du quai Cavaignac jusqu’à l’avenue Victor Hugo, des peupliers seraient plantés pour masquer les hideux bâtiments industriels élevés entre le quai et la ligne de chemin de fer de Paris à Toulouse.

B/ à l’Ouest, de la rivière à la crête de la colline dite Pech d’Angély qui domine la fontaine des Chartreux, depuis la fontaine au Sud jusqu’au tournant du chemin qui au Nord, se dirige vers Trespoux dans le faubourg Cabazat.

Je vous serai obligé de bien vouloir engager sans retard la procédure instituée par l’article 17 (titre III) de la loi du 2 Mai 1930 pour l’établissement du périmètre ainsi réduit.

En outre, je vous prie de prévoir dans le projet de protection, des plantations d’arbres formant un rideau de verdure en avant de la zone non protégée, pour masquer les constructions privées et bâtiments industriels qui dénaturent les lieux.

Vous voudrez bien me tenir au courant […] ».

Le 18 septembre 1931, le préfet du lot informe M. Bergougnoux, architecte des monuments historiques à Cahors :

« J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint, une délibération prise par le conseil municipal de Cahors dans sa séance du 3 Septembre courant, relative aux propositions de vente du sol et des immeubles voisins du pont et appartenant à M. Larribe, propriétaire à Biars (Lot) ».

En voici le contenu, extrait du registre des délibérations du conseil municipal de la ville de Cahors :

« M. le Président fait connaître à l’assemblée que M. Larribe, négociant à Biars (Lot) acceptant les propositions contenues dans la dépêche de M. le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-arts, en date du 10 juin 1931, offre de vendre à la ville de Cahors les terrains et immeubles lui appartenant et voisins du pont Valentré moyennant une somme de 160 000 fr dont 100 000 à la charge de l’Etat, payables immédiatement, et 60 000 fr, part de la ville, payables en 1931 et 1932.

M. Salinié, adjoint au maire, observe que le conseil municipal, par 2 délibérations antérieures, a refusé de participer, pour une somme de 10 000 fr, aux dépenses concernant certaines réparations indispensables à effectuer au pont et qu’à fortiori il ne peut s’engager, même dans l’avenir, dans une dépense quelconque, pour une opération de dégagement du dit pont.

M. le Maire confirme les dires de M. Salinié ; la ville n’a pas d’argent ; il se plaît à espérer que l’intéressé fera des propositions plus modestes, le paiement par annuité, par exemple […]

Pour extrait certifié conforme […] ».

Bien que traversé chaque jour par des cadurciens dont la sécurité doit être assurée, bien qu’offrant un intérêt touristique et donc économique certain pour la communauté, le pont Valentré ne semble donc pas représenter une priorité en ces temps de crise profonde.

Cylindre routier contre parapet

Le 3 février 1933, l’architecte ordinaire, Paul Bergougnoux, de son bureau sis18 rue Victor-Hugo, écrit au préfet du Lot :

« J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’un cylindre routier appartenant à l’administration des Ponts et chaussées, étant remorqué par un camion a, par suite de la rupture de la chaîne de remorquage, démoli le parapé [sic] amont du pont Valentré sur une longueur de 10 mètres, entre la tour du milieu et la tour d’entrée du pont, côté Cahors.

Informé de cet accident par les services des Ponts et chaussées, je suis allé sur les lieux pour me rendre compte des réparations à exécuter. Celles-ci consistent dans la reconstruction du parapet amont, au droit de la 3ème arche, sur 8 mètres de long, et d’une partie du parapet à crénelage de l’avant-bec de la troisième pile sur une longueur de 2 mètres.

J’évalue cette réparation à 4000 francs environ.

Toutes mesures ont été immédiatement prises par les services des Ponts et chaussées pour éviter des accidents, qui se chargeront en outre de la réparation du parapet endommagé ».

Une lettre semblable est envoyée au directeur général des Beaux-arts, se concluant par :

« M. l’ingénieur des Ponts et chaussées m’a fait savoir qu’il se chargerait de faire exécuter cette réparation, les travaux restant sous ma surveillance ».

Le 6 février 1933, l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées du département du Lot demande à l’architecte départemental des monuments historiques confirmation de l’accord verbal intervenu entre lui-même et M. Niel, ingénieur des Travaux publics, chargé de la subdivision de Cahors relativement à la réparation du parapet.

Il confirme qu’il pourra essayer de recueillir des débris des matériaux provenant de la démolition en vue de donner au parement neuf l’aspect qu’il présentait avant l’accident, dans la mesure du possible.

C’est alors qu’une lettre étonnante datée du 7 février adressée en retour par M. Bergougnoux (?) est ainsi libellée :

« Monsieur,

En réponse à votre lettre du 6 courant, j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’étant donné l’impossibilité de se procurer de la pierre de taille semblable à celle du pont Valentré et non gélive, j’ai accepté que la réparation du parapet démoli soit faite en employant du béton de ciment.

Ledit parapet était d’ailleurs en majeure partie fait de maçonnerie ordinaire recouverte d’un enduit.

La pierre dont est construit le pont ayant une tonnalité gris-bleu se rapprochant beaucoup de celle du ciment, il sera possible d’obtenir le même effet en faisant un enduit en mortier fin de ciment retaillé à sec après la prise pour imiter l’ancien parement layé […] ».

Le 2 mars, Émile Bollaert signe pour le ministère des Beaux-arts l’autorisation de réparation partielle du pont par le service des Ponts et chaussées sous la surveillance de M. Bergougnoux.

Restauration des parties hautes du pont Valentré

Plus de dix ans après avoir refusé de contribuer, même faiblement, aux travaux de restauration du pont (délibération du 12 mai 1930) ainsi qu’à la protection urgente de ses abords (délibération du 18 septembre 1931), le conseil municipal de Cahors persiste et signe. Le ministère réagit donc vivement dans le courrier suivant, intégralement reproduit.

Le 29 juin 1943 le ministre secrétaire d’Etat à l’Education nationale écrit à M. le Préfet :

« Le 22 février 1943, je vous ai informé que j’envisageais l’exécution du devis de 99 549 fr 53 ayant pour objet la remise en état des parties hautes de la tour Est (façades Ouest et Nord) du pont Valentré à Cahors, sous réserve d’une participation locale de 10 000 fr.

En réponse à cette communication, vous m’avez adressé une délibération du 15 avril 1943 aux termes de laquelle le conseil municipal refuse le vote de ce fonds de concours.

Je remarque que, malgré la modicité de la contribution demandée, la municipalité a opposé, comme en 1931, un refus catégorique, sous le prétexte que le pont Valentré présente un intérêt national et qu’à ce titre l’État doit se charger de son entretien.

Cette position est inadmissible. La ville de Cahors est propriétaire du pont Valentré elle doit, à ce titre, assurer sa conservation et les sacrifices financiers que consent l’administration des Beaux-arts, du fait que l’édifice est classé parmi les monuments historiques ne modifient pas son statut ni les obligations qui incombent à la ville, propriétaire.

D’autre part la ville de Cahors tire un profit touristique certain de la présence d’un célèbre monument sur son territoire.

Je vous serais obligé, dans ces conditions, d’insister très vivement auprès de la municipalité pour qu’elle accepte de voter sans délai le fonds de concours demandé, en lui rappelant qu’elle est seule responsable des conséquences de toute nature susceptibles de résulter d’un défaut d’entretien ».

Dans un courrier du 10 novembre 1943, le maire de Cahors, président du conseil départemental à M. Henry Puget11, conseiller d’État, 65 av. de la Grande Armée à Paris :

« […] Je vous avais fait entretenir de la question de la participation de la ville à l’exécution d’un devis ayant pour objet la restauration des parties hautes du pont Valentré et le refus par le conseil municipal de voter un fonds de concours de 10 000 fr.

Je me permets de compter une fois de plus sur votre influente intervention auprès de M. le Directeur des services d’architecture au secrétariat général des Beaux-arts pour essayer d’obtenir, comme en 1930, une bienveillante exonération ou tout au moins un dégrèvement […] ».

Le dossier des travaux sous les intitulés « Gros travaux 1 » et « Travaux 2 » indique les dates de réfection des mâchicoulis de la tour Est dont la restauration va s’étaler de 1947 à 1951, soit dix-huit ans après la démolition des cintres à l’automne 1929.

Gros travaux 1

Dépenses n° 68
Exercices 1947-48-49
Chapitre 3984-385
Travaux des monuments historiques
Nature de l’opération : Réparation du mâchicoulis Nord-Tour Est
Devis n° 38-46 de 352.987 fr approuvé le 9-5-1946
Crédit de 1.016.600 fr. ouvert le 12-9-1947
Porté à 2.155.181 fr. arrêté du 12-5-1948
Architecte en chef Mastorakis12 Architecte ordinaire : Mr Bergougnoux Vérificateur : Mr Gueret-Laferté

Dépense n° 225
Exercices 1947-49-50-51
Chapitre 398 4-385-3760-3780
Travaux des monuments historiques
Restauration des mâchicoulis Sud et Ouest -Tour Est
Devis n° 974-47 de 1.978.013 fr approuvé le 17-9-1947
Crédits de 2.556.450 fr. ouvert le 11-12-47
Porté à 6.263.300 fr arrêté du 12-5-48
Architecte en chef Mastorakis12
Architecte ordinaire Bergougnoux
Vérificateur : Mr Gueret-Laferté

Travaux 2

Pont Valentré de 1948 à 1950
Mâchicoulis Sud brossage et patine
Mâchicoulis Est brossage et patine
Mâchicoulis Ouest brossage et patine
Mâchicoulis Nord

Pont Valentré 1950
Maçonnerie
Charpente
Toiture

Une estimation des travaux est effectuée dès janvier 1945 :
Travaux du mâchicoulis Ouest de la tour Est.

Résumé et classement.
Maçonnerie : ouvrages à prix net :
pierre de taille de St Michel,
pour un total de ……………………………………………………22 924,90 fr
ouvrages à prix de série :
p-v. pour pose de pierre dans l’embarras des étais en reprise,
p-v. pour pose de pierre par incrustement par morceaux isolés,
p-v. pour montage de pierres à plus de 10 mètres,
p-v. pour fichage de pierres au mortier de ciment,

refouillement dans le grès de Figeac,
chargement de gravois en camion et transport à 3 km,
pour un total de ………………………………………………. ……2 398,70 fr
Total des travaux nets ……………………………………………25 323,60 fr
Augmentation 150 % sur 2 398,70 f……………………………3 598,05 fr
Total……………………………………………………………………..28 921,65 fr
Arrêté par l’architecte ordinaire […] à Cahors le 3 janvier 1945.

En 1947 une carrière sera spécialement ouverte à Segonzac (Lot) pour la restauration du mâchicoulis Nord.
Le mémoire de l’entrepreneur chargé des travaux, M. Paul Brousse, indique, sous le titre d’ »exécution, 1er trimestre 1948″ :
-heures de terrassiers pour débroussaillement du terrain,
– fouille en excavation ou déblais pour découverte en terrain pierreux, jet pour chargement et transport à relais,
– fouille dans la masse compacte pour mise à jour du banc, jet pour chargement et roulage à un relais, pour un total de 81 004,20 fr.

M.L. … Un cycliste malchanceux

M. J. Griveaud, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées, 7 rue de la Préfecture à Cahors, écrit le 17 septembre 1948 à M. Bergougnoux :
« J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint une lettre du 14 Septembre par laquelle M. L , rue Jean Caviole, se plaint d’avoir échappé à un accident en passant sur le pont Valentré, à un moment où la route était signalée comme libre. Je n’ai pas besoin d’appeler votre attention sur les inconvénients que pourrait avoir en pareille matière une négligence de l’entrepreneur et vous serais très obligé de bien vouloir insister auprès de lui pour qu’il observe strictement les prescriptions de l’arrêté préfectoral du 16 août [. ] ».

Voici un extrait de ce courrier :
« Contraint de traverser le pont quatre fois par jour pour me rendre à mon travail, je vous signale le fait survenu ce matin à 8h30 précises. La route étant libre, je m’y suis engagé comme à l’ordinaire, sans qu’il m’en soit fait interdiction. Au moment précis où j’allais franchir à bicyclette la route de la tour où ont lieu les réparations, un fragment de planche s’est abattu à moins de 1m de moi. Je ne retiens pas que la chute de ce matériau ait été volontairement provoquée et pense qu’elle doit être la conséquence d’une manœuvre d’échafaudage coïncidant avec mon passage.
Cependant, j’eus aimé qu’on réponde à ma demande d’explication et non pas imposer un silence qui apparaît surprenant […] ».

Un projet immobilier privé très contrarié

Le directeur de l’architecture au ministère de l’Éducation nationale écrit au préfet du Lot, le 27 septembre 1949 :
« […] J’ai été saisi d’une demande émanant de M. M… et tendant à la construction d’une maison d’habitation à proximité du pont Valentré à Cahors.
L’emplacement choisi se trouve soumis aux dispositions de la loi du 2 Mai 1930 sur les sites et de la loi du 25 Février 1943 sur la protection des abords des édifices classés parmi les monuments historiques.
Je ne puis que formuler les plus expresses réserves sur le projet communiqué et j’ai demandé qu’une étude particulière soit faite à ce sujet par l’architecte en chef des monuments historiques.
Dans l’attente d’une décision de mon administration, je vous serais obligé de bien vouloir refuser l’exécution de tous travaux sur l’emplacement en question et rappeler aux intéressés qu’au terme de la législation sur les abords des monuments historiques et sur les sites, aucune construction ne peut être édifiée à l’emplacement envisagé sans autorisation préalable de mes services […]
Copies conformes transmises le 29 Septembre 1949 à M. Ducrot, Bergougnoux et Fourgous13« .
Nouvelle lettre du ministère au préfet le 14 octobre 1949 :
« […] L’attention de mes services a été appelée sur une demande de permis de construire présentée par M. M… à Cahors.
La construction envisagée serait située dans l’emprise du site constitué par les hermites [sic] et la fontaine des Chartreux. Elle se trouverait, en outre, dans le champ de visibilité du pont Valentré, classé monuments historiques Le projet est donc, à ce titre, soumis aux dispositions de la loi du 25 février 1943 qui interdit toute construction dans le champ de visibilité d’un édifice protégé au titre des monuments historiques, sauf autorisation formelle de mon administration.
Or il résulte de l’examen auquel il a été procédé par mes services que la construction dont il s’agit, qui s’élèverait sur la crête rocheuse formant fond de paysage derrière le pont Valentré, porterait le préjudice le plus grand à cet édifice.
Mon administration ne peut, dans ces conditions, que s’opposer de la manière la plus formelle au projet présenté.
Je vous serais obligé de bien vouloir en aviser d’urgence le service de permis de construire […] ».

Fig. 4 : Constructions parasites accolées au pont, rive gauche (Vue stéréoscopique, coll. P. Foissac).

Le 21 février 1952 le maire de Cahors reçoit une réponse de l’architecte des monuments historiques à la présentation qu’il fait à ce dernier d’un projet d’aménagement des abords du pont Valentré sous forme d’un jardin, dans l’espace compris au sud du pont Valentré entre la courbe du quai Cavaignac et le Lot :

« […] Le jardin proposé ne convient pas à la grande architecture du pont car sa conception ne tient compte ni du caractère ni de l’échelle de l’édifice.
[…] la première [priorité ?] à laquelle il faut penser est de dégager la première arche et le pied de la première tour qui sont enterrés par les apports de gravois et autres détritus accumulés à cet endroit depuis la construction du quai, quai dont le tracé a été la première erreur.
Comme on ne peut revenir sur ce tracé, il faut chercher à diminuer ses inconvénients en reculant la crête du talus de façon à laisser au trottoir une largeur raisonnable. Un aménagement sous forme de pentes gazonnées pourra alors être étudié avec chemins en lacets de façon à jouir de la vue avec échappées sous les arches […] ».
Le 20 août 1952, M. Dubernet de Garros14, président du syndicat d’initiative de Cahors et environs écrit à M. Bergougnoux. Convaincu que la ville ne consentira pas à coopérer à la dépense qui consiste à remuer 300 m3 de terre et empiéter sur le quai Cavaignac, M. Dubernet propose de revenir au projet de jardin afin de pouvoir présenter le pont dans les meilleures conditions esthétiques.

Le pont à nouveau accidenté

Le 19 février 1953 copie est transmise à M. Bergougnoux d’une lettre adressée à M. O… entrepreneur, par M. Houlet, conservateur des monuments historiques, Logis Saint-Front, 7 rue de la Constitution à Périgueux :

« Le 2 Janvier 1952, un de vos camions a endommagé la porte orientale du pont Valentré, classé parmi les monuments historiques ; il a arraché le pied-droit Sud et les trois-quarts des claveaux du premier rouleau de l’arc brisé de la porte […] ».
Une expertise contradictoire avait été menée le 15 septembre 1952 qui réunissait
M. T… (conseil de l’assurance), M. Mastorakis, architecte en chef des monuments historiques et M. Bergougnoux.
Les documents chiffrés de l’époque font état du détail des travaux et coût de la remise en état de la porte accidentée par le camion.
Le 20 juin 1952 une liste des travaux nous indique une pose de pierre sans réemploi pour le jambage de gauche, la fourniture de pierre de Limeyrat neuve, taille des lits et joints, montage, pose et fichage au mortier de chaux…
La « soumission pour l’exécution des travaux » émise par le bureau des marches et de la liquidation des dépenses du ministère de l’Education nationale adressée à M. Paul Brousse, entrepreneur de bâtiments et travaux publics à Brive-la-Gaillarde, évalue, le 2 février 1953, la dépense à 652 856 francs.

Une drague intempestive

Dans un courrier adressé au préfet, daté du 17 juillet 1953, avec copie à M. Bergougnoux, M. Dubernet de Garros proteste contre le projet d’installation d’une drague par un entrepreneur en amont du pont Valentré :
« […] Il est déjà profondément regrettable que ce paysage soit gâché à leurs yeux par de nombreux baraquements inesthétiques, un dépôt de vieilles automobiles, des caravanes inamovibles, sans que vienne encore s’y ajouter la vue d’un matériel bruyant et indésirable […] ».

Usine en reconstruction, dépôt d’essence et magasin de stockage

Le 5 avril 1954, M. Houlet, conservateur des monuments historiques écrit à M. le Directeur des services départementaux du ministère de la Reconstruction et du logement. Copie du courrier est adressée à M. Bergougnoux.

« Mr Bergougnoux, architecte des bâtiments de France à Cahors m’a transmis pour attribution un dossier présenté par la société “L’Éclairage Général” en vue de la reconstruction et l’agrandissement des bâtiments industriels situés à proximité du pont Valentré à Cahors, classé par les monuments historiques.

J’ai l’honneur de vous faire connaître que la réalisation de ce projet, bien étudié, aura l’avantage de donner un aspect plus homogène à l’ensemble des bâtiments de l’usine qui actuellement, sont très disparates.
Toutefois la disposition en escalier des pignons Ouest prévue […] doit être refusée.
Celle […] qui comporte des pignons à rampants est la seule à retenir.
Les couvertures en tuiles qui seront visibles devront être patinées en pulvérisation ou par tout autre moyen. Enfin les enduits extérieurs devront être de pierre très claire.
Sous les réserves qui précèdent, je donne un avis favorable […] mais en vous signalant en outre qu’il serait très désirable qu’à l’occasion de cet agrandissement de l’usine, la cheminée qui domine actuellement le bâtiment et dont l’ossature de consolidation en béton armé a été faite sans autorisation, soit supprimée […] ».

22 novembre 1954, M. Houlet à M. le Préfet, copie à M. Bergougnoux :
Dossier concernant l’installation pour la société des docks de l’Alimentation d’un dépôt d’essence dans l’immeuble qu’elle occupe quai Cavaignac.
« […] Le dépôt d’essence étant prévu à l’intérieur et en sous-sol, il ne peut nuire à l’aspect des abords du monument. D’un strict point de vue esthétique, l’administration ne peut s’y opposer.
Cependant l’installation de dépôts de matières inflammables auprès de monuments aussi justement célèbres que le pont Valentré est toujours regrettable […] ».
M. Houlet à M. Bergougnoux, le 23 février 1955 :
« […] Vous m’avez transmis le projet présenté par la société « La Quercynoise » pour construction d’un magasin de stockage de céréales sur un terrain sis rue Pierre Semard à Cahors.
La construction envisagée n’est pas visible du pont Valentré, ni vue en même temps que lui, bien que se trouvant située à moins de 500 mètres de celui-ci.
M. l’architecte Mastorakis […]estime que nous pourrions profiter […] pour demander que soit employée à la place de la tuile mécanique prévue pour la couverture, la tuile romane ou la tuile canal à crochets “STOP” […] ».

Le chantier des HLM

28 février 1956, le conservateur régional des bâtiments de France à M. le Directeur de la Reconstruction et du logement, cité administrative, Cahors. Copie à M. Bergougnoux.

Sujet : protection des abords du Pont Valentré :
« Mon attention est appelée sur un nouveau chantier de construction de bâtiments à usage d’habitations collectives par la Sté des H.L.M. de Cahors à proximité du pont Valentré.
Je vous rappelle que tout projet de construction à proximité des monuments historiques et des sites classés doit faire l’objet avant exécution d’une communication pour examen au service départemental de l’architecture.
Ce service n’ayant pas été avisé, je vous serais obligé de bien vouloir suspendre l’exécution des travaux et de saisir du projet l’architecte des bâtiments de France du département du Lot […] ».

20 mars 1956, réponse de ce dernier à M. le Directeur départemental de la Reconstruction et du logement.
Sujet : demande d’autorisation pour construction d’immeubles H.L.M.
« J’ai l’honneur de vous retourner […] le dossier relatif à la construction des bâtiments constituant la 2eme tranche du programme des H.L.M. de la cité Valentré. […]
Après examen sur les lieux de l’incidence de ces nouveaux bâtiments sur l’aspect des abords du pont Valentré, j’estime que cette incidence sera de faible importance et qu’un avis favorable peut être donné à la demande de permis de construire. […]
Rien ne s’oppose donc, en ce qui concerne notre service, à la délivrance du permis de construire sollicité […] ».

La manufacture d’appareillage électrique s’agrandit

Ministère de l’Éducation nationale, le 14 octobre 1958. Courrier de l’architecte en chef Hermite à M. l’architecte des bâtiments de France à Cahors.

Sujet : Pont Valentré, abords.
«J’ai l’honneur de vous accuser réception du dossier d’avant-projet d’agrandissement de la «Manufacture d’appareillage électrique » que vous m’avez transmis […].
Bien que le voisinage d’une usine ne constitue pas le cadre qu’il serait souhaitable de créer à proximité du pont Valentré, il semble qu’étant donné la nature de l’industrie (propre et insonore) son extension puisse être envisagée suivant les indications portées à l’avant-projet.
Toutefois notre accord ne pourra être donné qu’aux conditions suivantes :
1 – Le propriétaire devra s’engager à planter un rideau serré de peupliers15 au pourtour de tous les bâtiments le long du Lot et en retour du côté du pont Valentré. Ceci avant tout commencement de travaux.
2- La pente de la toiture des sheds16 sera réduite à la pente normale pour des tuiles canal.
Les tuiles employées pour la couverture ne pourront être des tuiles mécaniques type Marseille-Montagne comme prévu au descriptif mais des tuiles canal dont la provenance sera précisée ultérieurement quand j’aurai vu les échantillons sur place.
3- Les enduits extérieurs seront exécutés à la chaux de teinte claire.
4- Le bâtiment du bloc administratif devra être abaissé d’un étage mais pourra être prolongé le long des sheds. Il devra comporter des croupes aux extrémités et sera couvert en tuile canal identiques aux tuiles qui seront adoptées pour le shed.
5 – Les dessins des façades devront être présentés à notre approbation en cours d’étude ainsi que les plans d’exécution […] ».

Le tracé de la future RN 20

M. Coumet, sous-directeur des Monuments historiques et des sites, pour le ministre d’État chargé des Affaires culturelles, à M. le Ministre des Travaux publics et des transports, 244 bd St Germain, Paris VIIe, le 4 mai 1962. Copie à Mr Cuquel :

– Par lettre en date du 3 avril dernier, M. le Ministre de la Construction a appelé votre attention sur les graves inconvénients que présente, pour la ville de Cahors et notamment pour le pont Valentré et ses abords, le tracé par la rive gauche du Lot de la déviation de la R.N.20, pris en considération par votre département au titre du programme quadriennal de 1962.

Étant donné la grande valeur architecturale du pont Valentré qui figure depuis 1840 sur la liste des monuments classés et l’intérêt exceptionnel que présente le site constitué par la rive gauche du Lot, je m’associe entièrement aux réserves formulées par M. le Ministre de la Construction.

[…] il serait souhaitable que vos services étudient la possibilité d’un tracé dans la boucle du Lot, soit le long du fleuve, sur la rive droite, soit le long de la voie ferrée et qu’en attendant les conclusions de cette étude, il soit sursis à l’exécution des travaux envisagés […] ».

Les spéléologues

Le 31 mai 1966 Jean Fantangié17 adresse, au nom du groupe spéléologique du Quercy, une lettre à M. Cuquel, lui demandant de confirmer l’autorisation qu’il a accordée à ce dernier d’entreposer son matériel spéléologique dans la première tour du pont Valentré.

Un visiteur échaudé

M. L…, bd Suchet, Paris XVIe, écrit à M. Maurice Faure18, député-maire de Cahors au cours de l’année 1972 :

« Monsieur le Maire,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :
Dimanche 7 février 1972 à 16 h, je déambulais sur le vieux pont de Cahors. Je venais de quitter la ville et entrais sur le pont par le côté qui donne sur la ville. Attiré par l’escalier incorporé dans le mur droit à l’entrée du pont, je gravis une quinzaine de marches puis obliquais sur ma droite et continuais à monter jusqu’à la première plate-forme située environ à huit mètres du sol.
Avançant sur cette plate-forme qu’aucun garde-fou ne protège je fis quelques pas et, regardant, grâce à Dieu, où je mettais les pieds, je m’arrêtais juste à temps pour ne pas être précipité dans le vide, le sol présentant en effet une ouverture béante que rien ne signale ni ne protège. […] »

Maurice Faure transmet le courrier à Etienne Cuquel19, qui répond avec humour au député-maire :

[…] il est évidemment regrettable que certaines personnes ne soient pas conscientes du danger que peut représenter un édifice comme le pont Valentré, si on l’aborde le nez en l’air […] »
Après avoir, comme l’envisageait M. Faure, proposé d’apposer un plaque « montée interdite, danger », il conclut :
« Restent les enfants non accompagnés et les analphabètes pour lesquels je ne vois pas de solution […] »…
Une grille sera mise en place afin de sécuriser l’accès à la porte.

Les productions de la Gaumont

Pour terminer, faisant une intrusion dans le monde de la production cinématographique, voici une lettre du régisseur de la Gaumont CO Leeloo productions à Paris, adressée au service départemental de l’architecture le 8 avril 1998.
Sujet : concerne le film « Jeanne d’Arc »

« Messieurs,
Nous avons l’honneur de vous informer que notre société prépare actuellement un film de long métrage réalisé par M. Luc Besson, qui s’intitule « Jeanne d’Arc» […]
Nous souhaitons tourner une séquence de notre film pendant une nuit sur le pont Valentré dans la première quinzaine de Juillet. Ce pont est censé représenter celui d’Orléans20 […]
Nous sollicitons l’autorisation de tourner sur le pont Valentré […] ».

En conclusion, je remercie M. Pierre Sicard, architecte urbaniste de l’État, architecte des Bâtiments de France, qui m’a permis de consulter les archives du pont conservées au Service territorial de l’architecture et du patrimoine, ainsi que son équipe pour leur accueil chaleureux et leur disponibilité.

Guylène Serin

1 – « Enfin, en 1878, le pont a été presque entièrement restauré, et avec beaucoup d’habileté par M. Paul Gout, architecte du gouvernement. » Joseph Daymard, in BSEL, 1905, T. 30, p. 414.

2 – « […] Le 17 juin 1308, G. de Sabanac, premier consul, posa la première pierre. », in « Histoire du vieux Cahors », Joseph Daymard, 3eme éd., Sté Horvath, Roanne, 1978, p. 43.

3 – Georges Pierre Paul Bergougnoux naquit à Brive le 12/11/1891. Il se maria à Cahors avec Marie Lucienne Toulouse le 2/04/1921 et mourut dans la même ville le 21/06/1972 (Archives municipales de Brive, registre 1 E 30, n°350). Architecte départemental des monuments historiques, il fut membre de la SEL pour laquelle il écrivit notamment un article sur l’église des Arques avant sa restauration (BSEL, 1954-2).

4En mars 1964, la photo de couverture du n° 224 de la Revue générale de l’hôtellerie, de la gastronomie et du tourisme montre la « tour est » privée de ses mâchicoulis (archives S.E.L.).

5 – Pierre Armand Anatole de Monzie, né à Bazas (Gironde) le 22 novembre 1876, mort à Paris le 11 janvier 1947, avocat, député du lot de 1909 à 1919 et de 1929 à 1942, sénateur du Lot de 1920 à 1929 (http://www2.assembleenationale.fr), ministre de l’Instruction publique du 17 avril au 10 octobre 1925, ministre de l’Éducation nationale du 4 juin 1932 au 30 janvier 1934, maire de Cahors de 1919 à 1942, »[…] la région toute entière doit à son influence […], à cette espèce de génie avaricieux qu’il entretient pour « sa ville « […] des réalisations que des régions beaucoup mieux dotées n’eussent pas dédaignées […] avec le moindre dommage pour le budget local, usant de son crédit non seulement auprès des pouvoirs publics mais, […] mobilisant des amitiés personnelles. » in Louis Planté,Un grand seigneur de la politique, Anatole de Monzie, Paris, éd. Raymond Clavreuil, 1955, p. 124, bibliothèque S.E.L.

6 – Paul Léon (1874-1962), agrégé d’histoire, directeur général des Beaux-arts (1919-1933),professeur d’histoire de l’art monumental au Collège de France (1933-1940) (http://data.bnf.fr/12238141/paul_leon/). Auteur de La vie des Monuments français. Destruction. Restauration, Paris, A. et J. Picard, 1951, in 4°, 584 p. (Bibliothèque de l’École des chartes, 1953, vol. 111, n°1 p. 306-307., http://www.persee.fr).

7 – M. Faure, de Bretenoux, apparaît en sa qualité de secrétaire du syndicat d’initiative dans la liste des adresses au dos de la brochure touristique « Villégiature-tourisme » de l’année 1929 éditée par la Fédération des syndicats d’initiative des Limousin, Quercy et Périgord. (http://gallica.bnf.fr).

8 – Eugène Grangié (né en 1870, mort le 31 juillet 1939 à Creysse), président de la S.E.L. de 1914 à 1919 et en 1923 (Livre d’or de la S.E.L., MS 231), poète et écrivain : Cahors en Quercy, une ancienne capitale de province, Cahors, éd. Coueslant, 1930 ; Cahors et la vallée du Lot, Cahors, éd. Meyzenc, 1930 ; Le Lot à petites journées, Paris, éd. Berger-Levrault, 1926, 287 p. ; Visages du Quercy, Paris, éd. Berger-Levrault,1930, 232 p.

9 – Joseph Daymard naquit à Sérignac en 1846 et mourut à Toulouse le 27 août 1939. Fidèle admirateur de Gambetta, ce dernier, devenu chef du gouvernement de la Défense nationale, l’appela en 1871 dans un cabinet militaire. J. Daymard fit partie dès 1873 du groupe de quercynois qui créèrent la Société des Etudes du Lot. Outre son œuvre-maîtresse, L’histoire du vieux Cahors parue en 1909, rééditée en 1927, il est l’auteur d’une monographie de la commune de Sérignac, des Notes de campagne d’un mobile du Lot en 1870 et d’un recueil de Vieux chants populaires du Quercy. (D’après l’article nécrologique rédigé par Ch. Irague dans le BSEL de juillet-décembre 1939, p. 259-260, sous le titre : « Mr Joseph Daymard, président d’honneur de la Société des Études du Lot ».) Joseph Daymard honorera six mandats en tant que président de la S.E.L. (Livre d’or de la S.E.L., op. Cit.).

10 – Jean Gabriel Achille Rodolosse (Paris, 1849-1914), école des Beaux-arts de Paris, architecte départemental du Lot (1882 [ ? ]- 1908). Source : thèse de Ghislaine Legrand, « Les architectes départementaux du Lot au XIXe siècle », année 2000 (?), université de Toulouse II, p. 41-45.-

11 – Henry Pujet, né le 7 février 1894 à Toulouse, mort le 18 novembre 1966 à Paris, conseiller d’Etat. « […]Il s’est toujours dévoué à la défense de notre patrimoine architectural, de nos monuments et de nos sites; il s’est occupé de façon particulièrement active de l’urbanisme parisien en cherchant à concilier la conservation de la beauté de la capitale et les exigences du progrès technique et démographique […] » Extrait de l’article nécrologique rédigé par René Cassin, paru dans la revue internationale de droit comparé, année 1967, vol 19, n° 2, p.486-488 . http://www.persee.fr). Henry Pujet collabora avec Anatole de Monzie à la réalisation d’une « encyclopédie française », éd. comité de l’encyclopédie française, Paris, 1935 (http://www.sudoc.abes.fr/).

12 – Michel Adrien Jean Mastorakis, né le 11 mars 1911 à Paris, mort le 19 octobre 2006, architecte en chef des monuments historiques du Lot et du Tarn-et-Garonne de 1947 à 1958, chargé de mission par l’Ecole française d’Athènes (1957 et 1978) pour l’étude du palais minoen de Mallia (Crète). Extrait de la biographie parue sur le « Who’s who » https://www.whoswho.fr/decede/biographie-michel-mastorakis_3376.

13 – Jean Marie Justin Fourgous, né à Bergerac le 1er janvier 1881, mort pendant son mandat de président de la S.E.L. en 1963, docteur en droit en 1906, entré à la Société en 1901, fit carrière à la Compagnie des chemins de fer, ardent promoteur du développement touristique du Quercy, auteur de communications dans le domaine de la préhistoire, de la spéléologie et de l’archéologie religieuse. (D’après l’hommage de J. Calmon, « in memoriam », paru dans le 4e fascicule du BSEL, 1963.) Auteur de l’ouvrage : »Dans les rues du vieux Cahors », éd. Coueslant, Cahors, 1942, 153 p.

14 – E.Dubernet de Garros, passionné de photographie, illustra de 24 clichés le texte de l’ouvrage d’Eugène Grangié : Cahors et la vallée du Lot, de St-Cirq-Lapopie à Luzech, Cahors, éd. P. Meyzenc, 1930.


15 – Souligné dans le texte original.


16 – Shed : «toit à deux versants de pente différente, le versant le plus court et le plus incliné étant vitré et recevant la lumière par le nord. » (Architecture, description et vocabulaire méthodiques, éd. du patrimoine, monuments nationaux, 2011, p. 332).

17 – Jean Fantangié, vice-président de la S.E.L. de 1960 à 1963. (Livre d’or de la S.E.L., op. Cit.).

18 – Maurice Faure, né le 2 janvier 1922 à Azerat, Dordogne, décédé le 6 mars 2014 à Cahors, député du Lot de 1951 à 1983 (http://www2.assemblee-nationale.fr), sénateur du Lot de 1983 à 1988 (http://www.senat.fr), maire de Cahors de 1965 à 1990 (http://www.larousse.fr).

19 – Étienne Cuquel (Cahors, 1923-2011), études d’architecture à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris de 1947 à 1953, diplômé architecte D.P.L.G. en 1953, architecte privé de 1953 à 1961, architecte des Bâtiments de France du Lot de 1961 à 1985 (Source : biographie en tête de l’inventaire du fonds Cuquel AD 46, 54 J).

20 – Le pont d’Orléans est décrit à la suite de celui de Cahors par Viollet le Duc dans son encyclopédie médiévale (Encyclopédie médiévale, vol. 1, « Architecture », rééd. Heimdal, 1978, fig.9, p.645).

Cet article a été publié dans le bulletin de la Société des Etudes du Lot 2016-1