La chasse au sanglier

Dans un lot de photographies appartenant à la Société des études du Lot se trouve une l’image d’une sculpture d’un sanglier assis. Cette photographie présente des caractéristiques (type de papier, montage sur carton) qui permettent d’affirmer qu’il s’agit d’un tirage albuminé obtenu à partir d’un cliché au collodion humide. Il ne figure aucune indication sur sa provenance, la date ou l’auteur de cette photographie.

L’image du sanglier

Début de l’enquête

Quand et comment cette photographie est-elle arrivée dans les collections de la société des études du Lot ?

La réponse se trouve dans le bulletin de la Société de 1873 n° 1 page 51 troisième paragraphe. Bulletin dans lequel Jacques Malinowski, faisant le bilan suite à la découverte d’un sanglier dans la plaine du pal à Cahors au début des années 1870, écrit : « …Mais, outre cette statue de sanglier, on a dû en trouver encore une autre vers 1846, puisque nous voyons dans l’Annuaire du Lot de cette année la gravure d’un petit sanglier assis, et une notice explicative de M. Chaudruc de Crazannes. Nous avons pu nous procurer une photographie de cette précieuse statuette, qui est la propriété de M. Ruck, inspecteur d’académie en retraite ». La photographie entre donc en 1873 au plus tard dans les collections de la Société des études du Lot, soit fournie par le photographe soit achetée à Mr Calmette, libraire à Cahors qui en effectuait la diffusion comme le signale Malinowski dans son article.

Il suffit de suivre la piste

Jacques Malinowski signale la première publication d’une gravure de ce petit sanglier dans l’annuaire du Lot de 1846, il a suffit de plonger dans la bibliothèque de la Société pour retrouver cette gravure illustrant une dissertation du Baron Chaudruc de Crazannes qui porte sur une médaille gaulois inédite et évoque à la fin de son exposé cette statuette, sans en préciser la provenance exacte ni sa taille précise. La planche gravée (intitulée antiquités cadurciennes) qui accompagne cette dissertation montre un objet fort ressemblant à celui de notre photographie.

Le sanglier gaulois découvert avant 1846 en territoire Cadurque et peut être à Cahors même appartenait en 1873 à Mr Gabriel Ruck, inspecteur d’académie en retraite, membre correspondant de la Société en 1874. Cet objet appartient toujours probablement aux descendants de Gabriel Ruck. Si certains nous font l’honneur de lire nos articles nous aimerions voir de plus près ce sanglier assis, en avoir les dimensions et en savoir plus…

Double page de l’annuaire du Lot 1846

La chasse au photographe

En 1846 seul le procédé du daguerréotype permettait de reproduire photographiquement un objet, ce procédé était cher et peu répandu dans nos provinces, c’est le procédé au collodion humide qui amènera une démocratisation de la pratique photographique mais pas avant les années 1850.

La photographie, quant à elle, aurait été prise entre 1850 et 1873. La photographie en possession de la Société des études du Lot a été encadrée et on trouve au dos la publicité de l’encadreur collée sur le carton de fond. Guillaume Planacassagne fils, peintre en bâtiment, encadreur et marchand d’articles religieux a été actif à l’adresse indiquée jusqu’aux environs de 1869. Il y a trois photographes qui pourraient être auteur de cette image, Jules Girardeau installé à Cahors depuis le début des années 1860, mais il aurait probablement apposé sa signature comme il l’a toujours fait, mais aussi Jean Antoine Serres recensé comme photographe et daguerréotypeur, sans qu’on ne lui connaisse aucune production pour le moment.

Si cette image a bien été faite à Cahors, il ne reste plus que Mathieu Bobinski arrivé à Cahors en 1858 et dont il existe de très rares traces de production, il a fait des dons d’images à la Société dont il est membre dès 1873. C’est à lui que la Société confie la réalisation de la photographie de la laie trouvée plaine du Pal en 1872 (comme en atteste différents articles de presse) avant que l’objet ne soit acheté par le musée de Saint-Germain-en-Laye. Cette photographie a disparu ou plutôt n’est pas ré-apparue…

La société possède, par ailleurs, un tirage représentant l’église de Prayssac (achevée en 1861) dédicacé par Bobinski. Ce tirage présente des similitudes avec celui du sanglier assis. Les bords droits des deux images présentent des voiles similaires indiquant l’usage de chassis à plaque ou de chassis-presse présentant un défaut d’étanchéité.

D’après les dire de Malinowski dans son article de 1873 deux images de sanglier sont disponibles à la vente à la librairie Calmette. Mathieu Bobinski pourrait donc très probablement être l’auteur de ces deux images.

L’église de Prayssac après sa construction
Le sanglier assis de Mr Ruck avec son passe-partout
Le dos de l’encadrement réalisé par Planacassagne

Nelly Blaya