Bulletin n°4 – 2023 (octobre – décembre)

SOMMAIRE DU BULLETIN
Michel Lorblanchet
Les Préhistoriques ne sont pas responsables de ce qui nous arrive! Quel enseignement peut-on tirer de notre préhistoire ?
369
Max Aussel
Testament de Catherine de Bosquet, femme de Me Gérauld Granges – 19 août 1575
379
Nicolas Cadet
L’action du réseau quercynois de Murat dans le royaume de Naples (1808-1814)
384
Charles Montin
Le Quarante-huitard de Carennac et ses amis exilés
403
Jean-Pierre Baux
Uskub : la chavauchée victorieuse du général Jouinot-Gambetta
427
Michel Durand
Guy de Lavaur, un précurseur lotois qui mérite d’être mieux connu
437
Bruno Sabatier – Sortie d’automne du 15 octobre à Aubin et Lentillac-St-Blaise443
Marc Lecuru – Journée Armand Viré – Regards croisés
449
Procès-verbaux des séances452

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E X T R A I T S

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Les Préhistoriques ne sont pas responsables de ce qui nous arrive!
Quel enseignement peut-on tirer de notre préhistoire ?

Michel Lorblanchet

Imitation des griffades d’ours par les Paléolithiques à Pech Merle:
En haut, l’entrée d’un petit boyau de la galerie du Combel est marquée par des griffades d’ours des cavernes (tracés clairs).
En bas, il y a environ 30000 ans les hommes imitent les griffades en frottant la paroi avec leurs mains enduites de pigment rouge

  En Afrique, puis dans diverses régions du monde, pendant plus de trois millions d’années, nos lointains ancêtres ont participé au mouvement de l’évolution comme tous les êtres vivants: ils se sont adaptés aux lents changements successifs du climat et du milieu naturel et ont progressivement peuplé la surface de la terre .

Pendant la dernière glaciation en Quercy

Au moment de la dernière époque glaciaire, il y a environ 20 à 30 000 ans, les hommes de Cro-Magnon du Quercy, nos semblables, vivaient en symbiose avec la nature: chasseurs de rennes, pêcheurs de saumons, de truites et d’esturgeons; habitant les grottes, les abris sous roche et toutes les cavités du calcaire, dont la chaleur était précieuse en ces temps glaciaires! Ils furent les premiers utilisateurs de la géothermie – l’énergie naturelle du sol et des cavités – et ils ornaient certaines grottes de leurs peintures.

Pendant cette période froide, nos causses étaient le domaine de la steppe parsemée de genévriers et de pins sylvestres, parcourue par les troupeaux de rennes, mammouths, bisons, aurochs et chevaux.
Les Quercinois d’alors avaient une connaissance si intime du pays où ils vivaient qu’il nous est difficile aujourd’hui de l’imaginer! Ils exploraient toutes les cavités, savaient les tanières des lions, des hyènes, des gloutons et des ours des cavernes et, quand ils allaient peindre dans une grotte, ils avaient connaissance de tous les animaux réfugiés dans la cavité; en particulier des ours des cavernes qui hibernaient au tréfonds des galeries, roulés en boule dans des cuvettes qu’ils creusaient dans l’argile où ils dormaient profondément et c’est également au cours de l’hiver, dans la chaleur des galeries, que les femelles ours donnaient naissance à leurs petits, puis, au retour de la belle saison, toutes les familles ours ressortaient à l’air libre, laissant la place aux hommes qui pouvaient alors s’aventurer sous terre sans trop de risques et peindre les parois dans ces lieux de paix favorables à la naissance de la vie !   

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Testament de Catherine de Bosquet, femme de Me Gérauld Granges (19 août 1575)
Max Aussel

Nous vous proposerons désormais dans le Bulletin une transcription d’acte authentique difficile à déchiffrer en joignant une page au moins de l’original. Cela pourra familiariser nos lecteurs avec ces écritures et les inciter à travailler cette discipline qui sera, nous l’espérons, enseignée aux Archives départementales d’ici 1 an ou 2 après la fin des gros travaux d’extension.

Au nom de dieu, amen.
Sachent tous, présents et à venir, qu’aujourd’hui 19 août 1575, au lieu du Vigan et dans la maison de Me Gérauld de Granges, notaire dudit lieu, et dans la chambre de ladite maison en Quercy, régnant Henri1 par la grâce de dieu roi de France, en présence de moi, notaire royal soussigné, et présents les témoins plus bas nommés.

Constituée en sa personne Catherine de Bosquet, femme du dit Granges, laquelle étant dans son lit, dans la dite maison et chambre, détenue de certaine maladie corporelle de laquelle elle craint de décéder, saine toutefois de son sens, mémoire et entendement comme il paraissait à sa face et intelligence de sa parole et considérant qu’il n’y a chose plus certaine que la mort ni plus incertaine que l’heure de sa venue, pour cette cause, afin de préserver ses parents et amis de litiges et de différends après son décès en raison de ses biens, a fait et ordonné son testament et disposition de dernière volonté en la forme et manière qui s’ensuit.

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L’action du réseau quercynois de Murat dans le royaume de Naples (1808-1814)
Nicolas Cadet

Depuis une dizaine d’années, les études sur le royaume de Naples durant la « décennie française » (1806-1815) se sont multipliées, favorisant un complet renouvellement du regard porté par les historiens français sur cet espace et cette période. À la solide biographie publiée en 2019 par Thierry Lentz sur Joseph Bonaparte, roi de Naples de 1806 à 1808, s’est ajoutée celle de Vincent Haegele parue en 2021 sur son successeur, Joachim Murat, qui a gouverné cette partie de l’Italie de 1808 à 1815. De plus, en 2015, s’est tenu à Lille un colloque consacré au « Royaume de Naples à l’heure française », rassemblant des contributions riches et variées sur l’action des souverains napoléonides à la tête du grand royaume méridional.

En parallèle, plusieurs ouvrages portant sur les aspects économiques et financiers de la période napoléonienne ont vu le jour, renforçant la compréhension de ce volet essentiel de la politique impériale. Ainsi, Le prix de la gloire. Napoléon et l’argent, publié par Pierre Brenda en 2007; L’économie sous Napoléon, livre rédigé par un collectif d’historiens sous la direction du même auteur5, ou encore L’Empire de l’argent. S’enrichir sous Napoléon, de Jean Tulard.

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Le Quarante-huitard de Carennac et ses amis exilés
Charles Montin

    L’histoire d’Eusèbe Valrivière, propriétaire du château de Carennac, militant démocrate-social rouge, exilé pour raisons politiques, est ici présentée, enrichie de détails personnels trouvés dans des lettres conservées par sa famille. Le récit nous donne un aperçu complémentaire, mettant l’accent sur la dimension humaine d’une facette assez connue des débuts de l’empire, à savoir la répression des opposants politiques, notamment républicains. C’est de fait une des dernières manifestations de la persécution pour raisons d’opinion, déjà désuète au regard des valeurs prônées et même un temps mises en œuvre par la République.

Le château de Carennac au temps d’Eusèbe Valriviere

À la suite de son arrestation au début janvier 1852, le conseiller général élu du canton de Vayrac, Eusèbe Valrivière, attend en prison au moins jusqu’en avril 1852. Il semble que la procédure de poursuite devant la commission départementale ait été pour le moins sommaire, sans ministère d’avocat ni accès au dossier, comme l’écrit plus tard Valrivière :
Je crois bien que les renseignements que l’on a fournis au préfet ne peuvent avoir en rien de blessant pour moi, ni attenter à mon honneur.

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Uskub : la chavauchée victorieuse du général Jouinot-Gambetta
Jean-Pierre Baux

La place de la gare de Cahors (Lot) perpétue la mémoire du général Jouinot-Gambetta qui mena du 24 au 29 septembre 1918 un raid de cavalerie homérique à la tête de trois régiments de l’armée d’Afrique à travers les montagnes serbes. Sa chevauchée commence par la prise d’Uskub, nœud de communication stratégique, qu’il défend seul pendant deux jours face aux armées allemande et bulgare, permettant ainsi au commandant en chef de l’armée d’Orient, Franchet d’Espèrey, d’imposer un armistice à ses adversaires. Elle se poursuit ensuite pendant un mois, conduisant les cavaliers de l’Armée d’Afrique jusqu’au Danube.

Épopée unique pendant le conflit 14-18, cette chevauchée égale les exploits des cavaliers de la Révolution et de l’Empire.
Mais qui était donc le chef de ces cavaliers de légende ?
François-Léon Jouinot est né à Paris le 6 juillet 1870, au moment où le gouvernement espagnol offre la couronne d’Espagne à un prince de la famille Hohenzollern, ce qui déclenche le conflit au cours duquel son oncle, Léon Gambetta, joue un rôle majeur. À l’issue de ses études, il ne passe pas par les grandes écoles militaires mais s’engage à 18 ans comme simple chasseur au 6e régiment de chasseurs d’Afrique en garnison en Algérie.

Guy de Lavaur, un précurseur lotois qui mérite d’être mieux connu
Michel Durand

Guy de Lavaur dans la rivière souterraine de Padirac
(Photo Jack Ertaud

Le gouffre de Padirac est l’un des sites les plus visités de France et participe à la renommée du département, mais la partie visitable (900 m) ne constitue qu’une petite partie d’un vaste réseau souterrain, l’un des plus importants de France avec ses quelque 50 km de galeries explorées et topographiées par les spéléologues.
Nombre d’entre eux ont donné leur nom aux galeries, passages délicats ou affluents qu’ils ont découverts. Les plus connus ont pour nom Édouard Alfred Martel, l’abbé Albe, Armand Viré, Robert de Joly pour ne citer qu’eux; ils sont les précurseurs de la spéléologie et sont à l’origine de l’aménagement du gouffre.
Beaucoup d’hommages leur ont été rendus au travers de nombreuses publications les concernant. On parle moins d’un certain Guy de Lavaur, enfant du pays, qui dirigea les expéditions spéléologiques dans la rivière souterraine entre 1937 et 1951 et qui devint vice-président de la Société d’Exploitation du Gouffre de Padirac, et pourtant…

Sortie d’automne du 15 octobre à Aubin et Lentillac-St-Blaise
Bruno Sabatier

Contrairement à l’usage, la sortie d’automne du 15 octobre s’est voulue foraine, du moins en partie puisque la journée était destinée à une excursion vers les Ségalas aveyronnais et lotois. Pour la circonstance et en raison de l’éloignement, le rendez-vous au départ cadurcien pour un covoiturage s’est fait sous les feux de l’éclairage public…Notre première destination choisie a été le bassin houiller d’Aubin-Decazeville pour en connaître son histoire. Nous avions retenu la visite du « Musée de la Mine Lucien Mazars » à Aubin, fondé en 1979, devant lequel les adhérents figeacois nous ont retrouvés. Grâce à la disponibilité bienveillante de Renée – la représentante-guide de l’association ayant accepté de recevoir notre Société un dimanche (habituellement fermé) et que nous remercions ici sincèrement – nous avons, par un exposé de plus d’une heure et sans que l’attention du groupe ne se relâche, découvert l’histoire des mines de la région et de son industrie sidérurgique sur une période de plus de 150 ans
Photos de la sortie ◄

Journée Armand Viré – Regards croisés
Marc Lecuru

Le 2 décembre dernier, la Société des Études du Lot, Carrefour des Sciences et des Arts, l’Université pour tous Cahors-Quercy se proposaient de relever un double défi: réussir ensemble une manifestation commune (ce qui n’est pas véritablement dans l’ADN associatif) dénommée Regards Croisés, faire connaître au plus grand nombre, grâce à neuf conférences d’excellent niveau, un « illustre méconnu », Armand Viré, spéléologue, archéologue, photographe, radiesthésiste et bien d’autres choses encore… Les spécificités des trois associations organisatrices ont permis de cerner le personnage sous tous ses aspects, public, scientifique ou privé.
Qu’il nous soit permis de remercier ici tous les intervenants: Geneviève Bouyjou et François Thiveaud, la famille Host (proches parents d’Armand Viré), Christian Marin, Bernard Sainte-Marie et Michel Lorblanchet, Jean-Pierre Girault et Didier Rigal, Louis Deharveng, Cyril Delporte, Thierry Contenssou, Laurent Bruxelles, Thierry Pélissié et Alexandre Andrieu, sans oublier Ludovic Maury, auteur du superbe film « Un voyage hors du temps », relatant la découverte des grottes de Lacave. Nous n’oublions pas non plus la superbe exposition présentée par Géo-Lot ainsi que les remarquables clichés d’Armand Viré présentés par Nelly Blaya. Tous, par leur expertise, leur investissement, une riche iconographie, ont su captiver un public nombreux dont l’assiduité ne s’est pas démentie tout au long de la journée.
Les trois associations, fort satisfaites du succès de la journée, sont bien décidées à renouveler l’expérience. Rendez-vous donc le premier samedi de décembre 2024 pour une nouvelle édition de Regards Croisés.

Armand Viré et son équipe avant l’exploration d’une igue
(Fonds photos SEL)