.

La Société des Études du Lot Étienne Baux

Edmond ALBE


     La Société des études du Lot est née en 1872 de ce grand mouvement de curiosité et d’intérêt pour le passé qui a touché la frange cultivée de la société provinciale, professeurs, professions libérales, ecclésiastiques… L’idée de la nôtre vint à Jacques Malinowski, immigré polonais, professeur, passionné de tout, qui rassembla quelques amis ; petit groupe genre Académie qui se réunissait souvent dans une salle de la mairie. L’article 1 de ses statuts lui donne pour but de « cultiver et répandre dans le pays le goût des lettres, des sciences et des arts » et aussi d’en recueillir tous les matériaux et tous les documents qui s’y rattachent. Vite structurée, elle regroupa professionnels et érudits qui, dans un bulletin trimestriel, rendaient compte de leurs travaux aux adhérents et aussi adhérentes à partir de 1930, près de 500 en 1939.

 A ses débuts l’équipe a publié les documents médiévaux les plus célèbres, recueilli les précieux fonds Greil et Gary et donné aux chercheurs l’indispensable bibliographie de Jean Calmon. Dépassant les compilations ou les pléthoriques généalogies, s’ouvre pour la Société la période de la critique historique avec Edmond Albe, Louis d’Alauzier, Jean Lartigaut, Patrice Foissac qui renouvellent la connaissance du Moyen-Age quercinois. Le nombre des contributeurs s’est progressivement élargi aux autres périodes, tandis que la préhistoire, confiée aux successeurs d’E. Martel et A. Viré, a bénéficié des travaux de Michel Lorblanchet et que l’archéologie, avec aujourd’hui Didier Rigal, a offert de spectaculaires résultats. De la sorte l’Histoire est devenue la discipline dominante de ses recherches. La Société a également contribué à la renaissance d’une section félibréenne du Lot et largement ouvert son bulletin à l’occitan.

Construction du monument Clément Marot, place Champollion, inauguré en 1892

Réunions devenues mensuelles, séances publiques, excursions, une puis deux par an, trois aujourd’hui, tel fut le vécu ordinaire de la Société par ailleurs bien intégrée dans le réseau des « sociétés savantes » dont elle reçoit toujours les bulletins ; elle participe aux congrès et en accueille.

Sa présence dans la vie publique s’est aussi signalée par l’organisation, au fil des anniversaires, de manifestations du souvenir des Quercinois les plus célèbres : Jean XXII, Clément Marot dont elle réalisa le monument de la place Champollion, Léon Gambetta et d’autres. A peine née et jusqu’à aujourd’hui, la Société, pas toujours écoutée mais toujours vigilante, n’a cessé de dénoncer ce qui risquait de défigurer nos cités, d’effacer des œuvres du passé. Quelques-uns de ses membres ont marqué leur époque, tels Joseph Daymard de 1873 à 1939, infatigable promoteur du tourisme lotois, et Jean Fourgous auteur d’ouvrages sur les richesses du Lot constamment réédités.

Pionnière au départ, jouant alors un large rôle de précurseur, la Société s’inscrit aujourd’hui dans une époque et une société où le goût de l’histoire et le souci du patrimoine, grâce à l’enseignement de masse et aux politiques publiques, sont beaucoup plus répandus qu’il y a 150 ans et il faut s’en féliciter. Mais riche de ses archives, de sa bibliothèque, de ses collections, de ses bulletins aujourd’hui numérisés, de son site régulièrement mis à jour, elle se veut plus que jamais disponible et fidèle au vœu de ses fondateurs.

Étienne Baux, vice-président