La rose du Quercy G Besse-Houdent

La rose du Quercy G Besse-Houdent

20. 05. 12
posted by: Super User
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Je vais vous parler de mon dernier livre qui vient juste d’être publié. Son titre est : La rose du Quercy, une rose de cœur. Et c’est vrai qu’en tant que Quercynoise, il me tient particulièrement à cœur. Je souhaite vous faire partager ma passion pour ce joyau du patrimoine peu connu jusqu’ici et vous en montrer quelques images, très belles, qui sont dues au talent du photographe cadurcien Jean-Louis Nespoulous que je ne saurais jamais assez remercier.

La chapelle Notre Dame construite dans une abside de la cathédrale de Cahors à la fin du XVème siècle est décorée d’une centaine de roses sculptées, comme un hommage chrétien à la Vierge Marie. Ces roses fleurissent dans une abondance d’ornements, tels les soleil flamboyants, les lys, les monogrammes, les billes, les bâtons écotés : tous exaltent la sacralité du lieu rituel. C’est incontestable.

Dès que j’ai découvert ces roses épanouies du Quercy, ainsi qu’on les nomme, j’ai été saisie d’un soupçon : cette chapelle a eu comme marraine, Sicarde de Sorbier, selon les mots pudiques des historiens « la  familière » de l’évêque Antoine d’Alamand, l’initiateur de ce motif sculpté. Autant de roses dans une chapelle de 39 m2, associées à une moulure qui court sur les ogives ou les bas reliefs, à savoir le bâton écoté, tige ligneuse rectiligne, dont on a coupé court les branches adjacentes ! Surprenant ! Pourquoi autant de soin et de beauté, pourquoi cette insistance dans le message et ce rapprochement entre des images de rose épanouie et de bâton ? Pourquoi cette sensualité empruntée aux jardins, à l’instinct naturel, à la vie ? N’y avait-il pas une intention cachée de l’évêque à l’endroit de sa favorite dont le nom Sorbier se rapporte à la famille des rosacées ? Mon hypothèse s’est orientée vers la recherche d’une « pensée de derrière », comme écrivait Montaigne.

En l’absence d’archives, je suis allée explorer de nombreux textes, des sous-textes, des contextes, un univers culturel élaboré et mêlé pour en déchiffrer les soubassements et les ramifications : tout un faisceau d’indices. Je me suis appuyée sur la science littéraire, l’étude des signes, des figures et des tropes, en particulier des symboles et des allégories. J’ai tenté de m’avancer dans l’intentionnalité du texte, au-delà de l’intention déclarée de l’auteur. L’évêque Antoine d’Alamand était trop érudit pour faire fi de toute la lyrique médiévale où la rose s’imposait comme la reine des allégories de l’amour. Chez les troubadours occitans, elle donnait ses couleurs au sentiment, au désir comme à l’expérience érotique.

Il fallait donc rechercher les codes dans l’érudition du prélat et dans la poétique médiévale, au temps où les poètes et plus tard Clément Marot chantaient le don d’amoureuse liesse.   

Cette enquête à l’affût des sens cachés dans les univers artistiques et littéraires, pas si éloignés que cela des symboles religieux d’ailleurs (je pense au Cantique des Cantiques), se double d’une visite ou d’une redécouverte poétique du patrimoine. Puisque tous ces ornements sculptés ont essaimé pendant 70 ans en Quercy et dans ses confins sur les édifices religieux et civils, dans les architectures gothiques, sur les façades des châteaux comme sur le linteau des cheminées.

En ce printemps confiné, offrez-vous la rose du Quercy, une rose de cœur. Le livre est publié aux éditions Tertium au prix de 15,90 €, et vous pouvez passer commande à toutes les librairies, dans le Lot ou ailleurs.

               

                                               Geneviève Houdent, historienne de l’art, le 9 mai 2020