Séances publiques annuelles

       

Séances publiques annuelles

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Index

 

SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 7 DÉCEMBRE

 

« LES ÉTABLISSEMENTS FÉMININS DE L’ORDRE DE L’HÔPITAL DE SAINT-JEAN-DE-JÉRUSALEM DANS LE DIOCÈSE DE CAHORS AU MOYEN ÂGE »

Yoan Mattalia

 

 

Yoan Mattalia, notre invité de la séance publique annuelle 2019, a soutenu en 2013 à l’université de Toulouse II-Jean-Jaurès une thèse d’histoire de l’art et archéologie intitulée  Les établissements des ordres militaires aux XIIe et XIIIe siècles dans les diocèses de Cahors, Rodez et Albi : approche archéologique et historique. Ce titre illustre bien tout l’intérêt de sa venue à Cahors puisqu’il comble la discrétion de la recherche sur le sujet, à la fois par l’introduction d’une échelle régionale qui n’avait été abordée que par le colloque de Fanjeaux « Les ordres religieux militaires dans le Midi (XIIe-XIVe siècle), actes parus dans les Cahiers 2006, et par l’association de l’archéologie et de l’histoire. En Quercy, les travaux sur les ordres militaires datent quelque peu et, pour certains, sont à oublier. C’est dire que nos sociétaires et les Lotois habitant un territoire ayant abrité une commanderie templière ou hospitalière sont venus nombreux au rendez-vous hivernal de la SEL. Toutefois, en raison de l’importance du sujet et du temps limité à lui consacrer, Yoan Mattalia a choisi de cantonner l’essentiel de son propos aux établissements féminins de l’ordre, cas d’intégration à un ordre militaire rare en Europe et unique dans le royaume de France.

Après un bref historique de l’OSJJ, les Hospitaliers, le conférencier aborde la fondation du principal établissement féminin de l’ordre : l’Hôpital-Beaulieu sur le territoire de la paroisse d’Issendolus. On connait assez bien ses fondateurs, Gisbert IV de Thémines et son épouse Aygline, un peu moins la longue durée de l’influence familiale sur la fondation qui s’exercera sur plusieurs générations au point de faire de l’établissement la nécropole familiale. Yoan Mattalia illustre d’ailleurs utilement cette présence avec la généalogie de la famille et sa forte implication dans les fondations monastiques puisque la lignée est à l’origine de l’installation des franciscains et des clarisses de Gourdon et surtout de la deuxième maison féminine de l’OSJJ, le prieuré des Fieux. Les Thémines compteront ainsi plusieurs prieures de Beaulieu, des Fieux et même de l’abbaye de Leyme. La fondation initiale, datable de 1254, est celle d’un hôpital destiné à abriter pauvres, malades et pèlerins sur une étape du chemin de Figeac à Rocamadour, fondation laïque à ses débuts effectuée avec l’assentiment de l’évêque Pons d’Antéjac, l’autorité épiscopale ayant toujours été affirmée jusqu’à sa confirmation au XVIIe siècle (cf. L. d’Alauzier, « Galiote de Vaillac, prieure de l'Hôpital-Beaulieu 1634-1702 », BSEL t. CXXXIV, 2013). La maison est richement dotée : 15 mas, 6 fermes et de nombreux autres biens épars. Le basculement a lieu en 1259, peut-être à la mort de Douce de Thémines, prieure et fille des fondateurs, lorsque la maison est cédée à l’OSJJ représenté par Pierre Géraldi, maître de l’ordre pour le diocèse de Cahors, et plusieurs autres dignitaires réunis à Figeac, dans l’abbaye Saint-Sauveur. Peu à peu, la maison va devenir entièrement féminine, exception faite des chapelains et autres clercs destinés à l’office mais aussi aux contacts avec les laïques. Toutefois, il n’existe ni règle particulière ni stricte clôture comme en témoignent les nombreuses évocations de séjours sur place de parents des moniales. Jusqu’en 1298, c’est le prieur de  Saint-Gilles qui nomme la nouvelle prieure pour ensuite abandonner ce droit aux sœurs hospitalières. L’ordre fixe également le nombre de moniales à 39, avec quelques dérogations possibles. La liste des religieuses de 1298 montre que le recrutement est essentiellement aristocratique et, outre les Thémines, on rencontre les patronymes de la plupart des familles nobles du Haut Quercy. Y. Mattalia évoque ensuite une fondation contemporaine de la réforme de l’Hôpital-Beaulieu, celle des Fieux, près de Miers, par Barascon de Thémines en 1297. Malheureusement, la documentation est très lacunaire pour cette maison de 12 sœurs qui finira d’ailleurs par être rattachée à l’Hôpital-Beaulieu au XVIIe siècle.

Le conférencier aborde ensuite la topographie des lieux, abondamment illustrée de plans et photographies. Il ne reste du couvent que les vestiges d’un mur d’enceinte tardif, érigé sans doute après la clôture imposée par la prieure Galiotte de Genouillac-Vaillac au XVIIe siècle, la salle capitulaire et le mur gouttereau nord de l’église Saint-Jean-Baptiste, seuls témoins des bâtiments médiévaux. La salle capitulaire garde fière allure avec ses ouvertures partiellement conservées et ses croisées d’ogives retombant sur deux forts piliers. La salle est dite « neuve » en 1298, ce qui autorise une datation assez précise. Parmi les autres vestiges épars, on trouve des clés de voûte pendantes aux armes des Castelnau-Gramat, ce qui permet d’envisager une construction ou reconstruction de l’église vraisemblablement au XIVe siècle.  Notons enfin que la porte de la chapelle Sainte-Anne de Rocamadour est un transfert de celle qui permettait l’accès à une annexe non identifiée jouxtant la salle capitulaire de L’Hôpital-Beaulieu.

Vivement applaudi par la salle, le conférencier se soumet à l’épreuve des inévitables questions. On l’interroge notamment sur le statut actuel des vestiges, la possibilité de visites et l’avenir du site. Nous apprenons que, malheureusement, l’intervention archéologique programmée et validée par la DRAC que devait diriger Yoan Mattalia aurait été refusée par l’association de sauvegarde pourtant propriétaire des lieux. La SEL ne manquera pas de se renseigner sur les raisons de cette mauvaise nouvelle et d’en tenir informés ses adhérents.

 

 


Précédent Suivant »

Lu 4488 fois

Nous sommes ici...