Séances publiques annuelles

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SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 1er DÉCEMBRE 2018

Le Lot et les Lotois dans la Grande Guerre : un bilan

En cette dernière année de Centenaire, le Conseil d’administration de la SEL avait décidé de placer sous la présidence de notre éminent sociétaire Laurent Wirth, docteur en histoire, membre du Conseil scientifique et responsable pédagogique de la Mission du Centenaire, les meilleurs spécialistes lotois de l’histoire locale de la Première Guerre mondiale. Ont accepté de communiquer, outre Laurent Wirth, mesdemoiselles Marie Llosa et Sophie Villes, messieurs Michel Auvray, Étienne Baux, Didier Cambon et Bruno Sabatier, chacun pouvant figurer à des titres divers, historiens amateurs ou chercheurs professionnels, parmi les meilleurs connaisseurs d’un des nombreux domaines directement ou indirectement concernés par le conflit. Les intervenants ont tous accepté de se conformer à l’une des exigences – ô combien frustrante – d’une conférence-débat à plusieurs voix : un temps de parole limité à une dizaine de minutes pour permettre au public de poser ses questions. Nous avons ainsi eu le plaisir d’entendre successivement les orateurs tout en admirant la performance d’une brièveté respectée par tous.

L’introduction, confiée à Laurent Wirth, débute en rappelant les enjeux émotionnels et mémoriels du Centenaire et montre avec des exemples précis à quel point l’événement a mobilisé les énergies, y compris celles d’une jeunesse trop souvent accusée de ne s’intéresser qu’au présent. Didier Cambon s’est consacré, dans l’ouvrage qu’il a co-signé avec Sophie Villes, 1914-1918, les Lotois dans la Grande Guerre (2010), à l’aspect militaire de l’engagement des plus de 10 000 Lotois qui ont d’abord combattu au sein de régiments au recrutement local (7e et 207e RI, l’active et sa réserve ; 131e RIT, les territoriaux) ou régional (régiments « de » Tulle, Montauban, Agen, Aurillac, etc.) avant de se retrouver, comme tous les poilus, dispersés dans d’autres unités. Un événement militaire se détache parmi tant d’autres : le combat de Bertrix, le 22 août 1914, journée la plus sanglante de la guerre où le 17e Corps tombe dans une embuscade meurtrière et laisse des milliers de morts, blessés et prisonniers sur le champ de bataille. Le « régiment de Cahors » prendra une sinistre revanche en stoppant autour du fort de Souville le dernier assaut allemand sur Verdun. Sophie Villes, auteure du tome 2 de la synthèse citée, consacré à « l’arrière », rappelle que la guerre n’a pas été que l’affaire des soldats et que si les civils ne l’ont pas payée avec leur sang, ils ont supporté, outre la perte des proches, de nombreuses privations, en particulier dans les dernières années de la guerre et de surcroît dans un département déjà pauvre. Elle rend aussi aux femmes quercinoises en général mais surtout aux paysannes un juste hommage en soulignant combien leur effort mental et physique a été décisif au cours d’une guerre dont on n’imaginait ni la longueur ni l’ampleur des sacrifices à consentir. Marie Llosa, membre du CRID 14-18, l’un des plus importants groupes de recherches, s’est penchée de longue date sur le bilan humain de la guerre en apportant une douloureuse révision des critères de comptabilité des pertes. En effet, les Lotois ont perdu près de 7 877 des leurs dans le conflit alors que les précédents bilans ne comptaient « que » 6 500 environ. La différence, explique-t-elle, provient essentiellement de données statistiques divergentes entre l’autorité militaire et les communes ainsi que des incertitudes sur la qualification de « mort pour la France ». Il existe aujourd’hui de nouvelles recensions dans les bases de recherches informatisées comme « Mémoire des Hommes » qu’on peut croiser les informations détenues par les municipalités. Michel Auvray aborde ensuite la délicate question du « consentement » et des « refus de guerre », au cœur de nombreuses controverses. Il s’attache à établir l’indispensable typologie de ces refus entre insoumis, et déserteurs en ayant soin de donner à ces attitudes toute la profondeur historique qu’elles exigent en recourant aux précédents historiques de la Révolution et de l’Empire où le Lot a battu des records de désobéissances. Il en vient à la Grande Guerre, en nuançant l’unanimité supposée de l’été 1914 avec un département qui comptera 125 émigrés non rentrés au pays et 65 réfractaires à la mobilisation qui passeront à travers les mailles du filet répressif ; au total, pour toute la guerre, 197 insoumis (plus de 33 000 en France) et 43 déserteurs (total de 66 000 en France) (recensement de Roger Austry). Il faut ajouter à ce bilan trois malheureux Lotois fusillés pour l’exemple par les cours martiales du début de la guerre. Enfin, Étienne Baux et Bruno Sabatier ont choisi, à titre d’exemple, pour illustrer le souvenir et les premières étapes du culte des morts, de revenir sur leur précédente publication dans le Bulletin de la Société : l’inauguration du monument aux morts de Payrac et le discours prononcé à cette occasion par le capitaine Crubillé, instituteur du village, discours qui lui vaudra de nombreux déboires (BSEL t. CXXXII, 2011). Bruno Sabatier se charge de la présentation du monument aux morts du village, décrit ses caractéristiques particulières et ce qui le rattache aux autres réalisations, dresse une courte biographie du capitaine Crubillé avant de céder la parole à Étienne Baux pour la lecture de l’admirable discours du capitaine-instituteur dont on sent qu’il dégage dans la salle une vive émotion, autant par la qualité de l’expression que par le contenu, un modèle d’humanisme et de pacifisme éclairé. Laurent Wirth, président de séance, a bien voulu se charger de la conclusion, exercice difficile s’il en est, reprenant les caractéristiques évoquées pour mieux souligner l’exemplarité de la synthèse et sa parfaite illustration des souffrances des Français.

Il est impossible de résumer ici toutes les questions qui ont pu être posées par le public aux intervenants. Signalons simplement pour illustrer leur nombre et leur pertinence que la séance a dû être levée à 18 h 30 alors que certains demandaient encore la parole ! Rappelons aussi l’intervention remarquée de notre sociétaire Nelly Blaya, la talentueuse photographe du Conseil départemental, qui présente en images l’enquête photographique et historique en ligne initiée par l’université de Lille-3 sur les monuments aux morts à laquelle elle a contribué pour le Lot. Une surprise : notre emblématique monument aux morts de Lavercantière, d’Émile Mompart, a une réplique exacte à quelques détails près, sans toutefois le célèbre « paoures droles », à Olonne-sur-Mer, en Vendée. Un mystère à éclaircir. Ajoutons-y celle de Roger Lassaque, maire de Saint-Martin-le-Redon et président de l’IEO du Lot (Institut d’études occitanes), qui lit un court extrait, en occitan puis en français, des souvenirs de guerre de Georges Cubaynes, poilu lotois, qu’il a traduits et édités sous le titre Cami de guerra.

Nous remercions chaleureusement nos intervenants, le public venu nombreux en ces temps de circulation difficile, la mairie de Cahors pour le prêt de la salle et M. le Maire représenté par M. Delpech, conseiller municipal. Nous aurons plaisir à ne pas oublier, ainsi que j’ai pu le rappeler à la salle, tous ceux qui ont permis de célébrer dignement ce Centenaire et auraient mérité d’être à la tribune : Frédéric Rivière, président de l’ASPEC, et les bénévoles et collectionneurs à l’origine de l’exposition du Centenaire en 2014, Nicolas Savy, auteur d’un ouvrage et de nombreuses conférences sur le sujet, et tous ceux qui ont, dans le passé ou dans ce numéro spécial du Bulletin, contribué par un ou plusieurs articles à une meilleure connaissance du conflit.

Un grand merci également à nos commissaires aux sorties et excursions, Danièle Mariotto et Anne-Marie Pendino, pour leur efficacité dans l’organisation du traditionnel repas de fin d’année. Cette année, ce repas et la séance publique qui a suivi ont été dédiés à la mémoire de Simone Denjean.

Patrice Foissac

 


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