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Les sorties de la Société

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SORTIE DE JUIN : MOISSAC ET AUVILLAR

 

Notre sortie de printemps s’est effectuée cette année sur les marches sud-ouest du Quercy successivement à Moissac et Auvillar.

À Moissac, le choix a été fait d’ignorer la célébrissime abbaye Saint-Pierre parfaitement connue de la plupart de nos sociétaires pour consacrer la matinée à deux églises bien souvent ignorées des visiteurs : Saint-Martin et la chapelle du collège des Doctrinaires. Nous remercions le service patrimoine de la ville d’avoir bien voulu confier la visite à un guide dont nous avons tous apprécié au plus haut point la disponibilité et la compétence

En sortie de ville, l’église Saint-Martin, enclavée entre le talus des voies ferrées et la route départementale 813, abandonnée (et pendant longtemps masquée par une passerelle), n’offre rien qui puisse susciter au premier abord l’enthousiasme du visiteur. La façade de briques et pierre mêlées est d’une architecture banale et on devine de nombreuses adjonctions modernes des XVIIe et XVIIIe siècles. On pourrait donc légitimement ignorer, hors du Tarn-et-Garonne et des cercles érudits, que son sauvetage sur un site convoité est relativement ancien puisque Saint-Martin a été classée dès 1922 après les fouilles de Jules Momméja reprises et élargies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par Armand Viré, notre illustre sociétaire dont les attaches moissagaises sont bien connues. Ce classement a été accepté en raison de remarquables peintures murales du XVe siècle, découvertes dans une chapelle latérale. Mais l’édifice réservait aux archéologues bien d’autres surprises. En effet, l’église occupe un site antique, un balnéaire de villa dont il reste des vestiges significatifs bien identifiés lors des fouilles de 2011-2012 menées par Bastien Lefebvre et ses étudiants : les trois bassins classiques sur hypocauste, frigidarium, tepidarium et caldarium, mais aussi les murs en élévation, conservés sur une hauteur d’environ 9 m et jusque-là attribués à l’époque mérovingienne. Le bâtiment antique a échappé à la destruction totale, peut-être parce que son propriétaire en a fait don à l’Église qui l’a transformé en lieu de culte, profitant de son orientation canonique et créant par une simple démolition des murs de séparation des bassins la nef d’un vaste édifice chrétien. Les textes font connaître l’église Saint-Martin pour avoir conservé les reliques de saint Ansbert, l’un des premiers abbés de Moissac au IXe siècle. Régulièrement agrandie, devenue paroissiale et dotée d’un cimetière, elle fait l’objet d’une restauration significative au lendemain de la guerre de Cent Ans qui la trouve hors les murs et donc dangereusement exposée. La chapelle Notre-Dame déjà évoquée, nous rappelle immédiatement, par son architecture du gothique flamboyant et ses peintures murales des scènes de la Passion, que nous sommes encore en Quercy. Les membres de la Société assidus aux sorties se souviennent aussitôt du registre ornemental d’une autre église Saint-Martin, celle de Canourgues, très proche de celui-ci.

Souhaitons que les prochaines campagnes de fouilles programmées sur l’ensemble du site enrichissent encore les découvertes et nous donnent l’occasion de revoir un édifice surprenant à plus d’un titre.

La visite nous réserve une autre surprise avec la découverte d’un ensemble habituellement fermé au public, le collège des Doctrinaires. Édifié au XVIIe siècle (à partir de 1659) pour l’instruction de la jeunesse moissagaise, le collège est confié aux Prêtres de la Doctrine chrétienne, dits  « doctrinaires », congrégation religieuse vouée à l’enseignement, fondée en 1592 par le bienheureux César de Bus. Le Collège des doctrinaires connaîtra le succès, regroupant environ 300 élèves en 1789 et ayant compté parmi ses professeurs de rhétorique et philosophie le célèbre Joseph Lakanal. La Révolution conserve les bâtiments en les affectant à des fonctions civiles : tribunal, prison, gendarmerie et, pour la chapelle, lieu de réunion de la Société populaire puis temple de la Raison et enfin temple décadaire. Le Concordat rend le collège à l’église qui devient paroissiale sous le vocable de Sainte-Catherine.

L’ensemble monumental à corps central et deux ailes sur cour étant partiellement occupé par l’administration fiscale, nous n’en visiterons que la chapelle (édifiée à parti de 1677). Là encore, la surprise vient des dimensions respectables du volume intérieur, l’aile qui la contient ne laissant extérieurement rien deviner de la présence d’un lieu de culte, à l’exception peut-être de la porte monumentale aujourd’hui donnant sur une rue publique. La chapelle est en cours de restauration et conserve encore un décor de grisailles ajouté au XIXe siècle qui assombrit une nef initialement enduite de blanc de chaux. Elle offre au visiteur un décor pictural de bonne facture, plusieurs tableaux ayant déjà retrouvé leurs couleurs primitives, et un magnifique retable baroque dont l’autel, restauré, a été déplacé dans une chapelle latérale. La découverte d’un riche mobilier occupe notre compagnie jusqu’au terme de la matinée, le repas prévu à Auvillar nous forçant au départ.

Le déjeuner à Auvillar nous permet enfin de goûter au charme des repas en terrasse, les averses orageuses annoncées nous ayant finalement épargnés tout au long de la journée.

C’est à quelques mètres de la très bonne table qui nous a accueillis, par la tour de l’Horloge, que nous débutons notre visite avec notre guide de l’après-midi, Michèle, membre de l’Association des Amis du vieil Auvillar qui mène un travail exemplaire de sauvetage et valorisation du patrimoine local. La tour d’enceinte sur porte « de l’Horloge » abrite le musée de la Batellerie, ce qui nous permet de saisir immédiatement les deux principales caractéristiques du site : un castrumdominant la Garonne, siège d’une petite vicomté éponyme, détachée de celle de Lomagne, aux confins de trois provinces : Quercy, Agenais et Gascogne (et, pour ceux qui y tiennent absolument, sur « le chemin de Compostelle »). La vicomté finira, au gré des diverses successions, par retourner à la Couronne avec les rois de Navarre et Henri IV. Signalons également qu’une plaque apposée sur la tour nous rappelle que le célèbre troubadour Marcabru y naquit.

Le fleuve, aujourd’hui assagi par les aménagements indispensables à la très proche centrale nucléaire de Golfech, coule aux pieds du village. Auvillar fut autrefois un port actif comme se plaît à le rappeler notre guide en nous faisant les honneurs de quelques étages de la tour consacrés à tous les aspects de la batellerie et de la vie du fleuve : transports, pêche, etc.  Maquettes et ex-voto, objets divers, cartes, photographies, témoignages font tout l’intérêt de ce petit mais indispensable musée qui renvoie aux lacunes du Lot en la matière…

Nous pénétrons à l’intérieur du castrum sur la place principale, triangulaire, encore bordée de quelques maisons médiévales et qui conserve en son centre une halle contemporaine (1824) mais très harmonieuse, circulaire – autre originalité géométrique – sous laquelle notre guide retrace l’histoire de l’activité politique et économique de cette bourgade. Grains, vins, draps, cuirs, plumes à écrire et plus tard faïence firent sa prospérité dès le XIIIe siècle (l’implantation d’un couvent de dominicains l’atteste). La visite de quelques rues du centre ancien permet de se rendre compte de cette prospérité marchande à travers les riches demeures à arcades et pans de bois, celles de la rue des Nobles particulièrement.

Avant de nous regrouper pour la visite du musée de la Faïence, notre guide nous conduit jusqu’à l’esplanade où se trouvait autrefois le château vicomtal dont il ne reste rien mais qui nous permet de découvrir un superbe panorama sur la vallée de la Garonne, en parti gâché, il est vrai, par les tours de la centrale de Golfech.

Nous ne pouvons que conseiller au lecteur la visite du musée de la Faïence, spécialité d’Auvillar dès le milieu du XVIIIe siècle et dont la description pourrait occuper plusieurs pages. Nous renvoyons donc les curieux à l’ouvrage dont la SEL a fait l’acquisition et qui figurera dans quelques jours dans notre bibliothèque. Rappelons seulement qu’à l’apogée de la faïencerie, au milieu du XIXe siècle, la ville comptera neuf établissements et 250 ouvriers.

Notre exploration du village s’achève par l’église paroissiale, autrefois celle du prieuré bénédictin Saint-Pierre. Notre guide nous propose un tour complet par le cimetière pour constater que l’édifice a été constamment remanié et présente une architecture extérieure hétérogène : vestiges du prieuré roman du XIIe siècle avec l'absidiole nord, nef et clocher du XVIe siècle, époque où disparaissent les bâtiments conventuels, bas-côté nord daté du début du XVIIe siècle. L’église n’en conserve pas moins une belle harmonie qui se confirme à l’intérieur où l’on retrouve quelques traces romanes (piliers et chapiteaux de l'arc triomphal) mais qui, pour l’essentiel, est fait de reconstructions successives, entamées dès la seconde moitié du XVe siècle pour s’achever sous le Second empire pour les voûtes de la nef et la façade occidentale.

Vers 17h, terme prévu et respecté de notre visite, nous nous séparons pour regagner nos co-voiturages respectifs, après avoir remercié notre guide bénévole pour le sacrifice de son dimanche.

Patrice Foissac

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