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 Dominique Camusso 
Cent jours au front en 1915.

Dominique Camusso, Cent jours au front en 1915.

Un sapeur du Quercy dans les tranchées de Champagne, Paris, L'Harmattan, 2011, 165 p. (Collection Mémoires du XXe siècle).

Après la meurtrière guerre de mouvement du début du conflit, celuici prend une toute autre tournure dès 1915. Le front se stabilise. Des Flandres aux Vosges, les hommes, de part et d'autre, s'enterrent dans des kilomètres de tranchées. Il faut cependant reconquérir le terrain perdu. Les attaques sont menées au « sifflet », les soldats escaladent les parapets
et viennent échouer sur les barbelés des tranchées adverses, les « séchoirs » selon leur expression. Les résultats espérés ne sont pas atteints : on ne « grignote » pas grand chose…
Alors une autre forme de combat, connue depuis le Moyen Âge, est réactivée : la sape. Il faut creuser des tunnels sous et même au-delà des lignes adverses pour créer, par l'explosion, des ruptures dans la défense ennemie et ainsi favoriser les futures attaques de surface pour les fantassins. Cette spécialité de l'armée de terre menée par les hommes du Génie a été peu abordée par les nombreux ouvrages publiés sur la Grande Guerre. La guerre des mines à la Butte de Vauquois ou aux Éparges a bien été évoquée par Pézard ou Genevoix, mais comme une composante de la bataille d'Argonne ou des Hauts-de-Meuse. Ici, l'auteur, à partir des Journaux de Marche des Opérations (JMO) mis à la disposition du grand public et de quelques écrits d'un grand père « poilu », nous fait découvrir le travail des « terrassiers de l'ombre ». Creuser des tunnels, étayer les parois, déblayer, écouter car l'ennemi en fait tout autant, charger les fourneaux d'explosif et espérer être le premier à faire « sauter » résume les conditions de vie angoissantes du sapeur. Il faut obtenir un entonnoir afin que les fantassins dans leur progression puissent s'y abriter, prendre position et utiliser les lèvres du cône comme point haut d'observation.
Armand Truel, originaire de Terrou, était sapeur au 16e bataillon du 2e Régiment du Génie de Montpellier. Après 100 jours passés en Champagne pouilleuse, le jour de notre fête nationale, une bombe met un terme à sa présence au combat. Encore dans sa 19e année, grand blessé, il ne reverra jamais le front. Alors que la nation se prépare sous les formes les plus diverses à commémorer la Grande Guerre, Dominique Camusso, petit-fils d'Armand, par son travail de recherche et de collecte dévoile un autre aspect peu connu du premier conflit mondial, celui de la guerre des mines. C’est dire tout l’intérêt de cet ouvrage dont nous ne saurions trop recommander la lecture.

Bruno SABATIER