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Françoise Auricoste, Claude Lufeaux, Histoire de Pradines. Le village devenu ville au bord du Lot, Pradines, mairie de Pradines, 2013.

Le Bulletin de la Société des études du Lot se devait de présenter l’un des derniers ouvrages de Françoise Auricoste, auteur de nombreux travaux historiques sur le Quercy. Tant cette infatigable historienne explore depuis des années les archives relatives aux villages du département pour en restituer le passé (Cazals, les Arques, Marminiac, Montcléra, Goujounac, entre autres) et redonne vie à des groupes sociaux de l’époque moderne (les femmes, les artisans, la bourgeoisie des campagnes, les meuniers, les aubergistes et cabaretiers, les marchands et négociants, les protestants).

Cet ouvrage a été commencé par Claude Lufeaux, disparu en 2011, et repris par Françoise Auricoste après le décès de celui-ci, grâce à l’entremise de la Société des études du Lot et, tout particulièrement, de son secrétaire, Philippe Deladerrière.

Claude Lufeaux avait rassemblé des archives privées de familles pradinoises et sorti de l’oubli les archives communales de Pradines (cadastres, contributions, listes de consuls, procès-verbaux de séances du conseil municipal). Françoise Auricoste a élaboré une synthèse historique, en complétant ces recherches, notamment aux Archives départementales du Lot, et en étudiant plus particulièrement les actes notariés des XVIIe et XVIIIe siècles, tant de Pradines que de Cahors.

Pradines est, en effet, indissociable de Cahors tant par sa proximité que par leur longue histoire partagée. C’est à Pradines que, depuis le Moyen Âge et surtout depuis la fin des guerres de religion, les notables de Cahors – magistrats, chanoines, universitaires, puis marchands et négociants – ont leur métairie et leur maison de campagne. Le collège Pélegry, installé à Cahors, est implanté également à Pradines, où il possède quelques rentes. Restituer les origines et le développement de Pradines au cours des siècles présente aussi le grand intérêt de voir comment une petite commune rurale, longtemps restée dans l’ombre de Cahors, est devenue, en ce début du XXIe siècle, une ville de 3 500 habitants, la septième du département par sa population.

En douze chapitres, organisés chronologiquement, Françoise Auricoste, relate l’histoire, depuis ses origines jusqu’à nos jours, de cette singulière agglomération – composée de quatre sections (Pradines, Labéraudie, Flaynac et Flottes). Avec la prudence de mise sur la période ancienne où les datations sont incertaines, l’auteur avance l’hypothèse de la présence de villas gallo-romaines et étudie de façon détaillée l’origine des toponymes de Pradines. La première église de Flaynac existe en 945 et l’évêque de Cahors, seigneur du lieu, y possède une villa dès cette date et y fait construire un château, mentionné au début du XIIIe siècle. Ce faisant, l’histoire des grandes familles de Cahors, présentes également à Pradines, transparaît (les de Jean, les Bréal).

L’auteur évoque la formation des paroisses et les constructions d’églises, ainsi que leurs vicissitudes. Les guerres, celle de Cent Ans puis les conflits religieux, ainsi que les épidémies de pestes, affectent Pradines comme de nombreux villages de la région. La structuration de la communauté est décrite, avec la progressive formation d’une administration.

Dans un très intéressant chapitre, l’auteur montre comment, aux XVIIe et XVIIIe siècles, Pradines est la grande métairie des notables cadurciens et souligne que la société pradinoise est composée alors de ces grands propriétaires, de métayers et de vignerons. L’étude plus détaillée de deux familles, les Peyrusse et les Chomyé, montre comment ont pu se constituer des grandes propriétés. Les universitaires et les magistrats se rendent maîtres de nombreuses métairies, ainsi que les prêtres et chanoines prébendiers du diocèse, puis les marchands. Des détails de la vie quotidienne sont donnés, notamment à partir d’inventaires après décès. La proximité de la rivière conditionne la vie économique du village. Les métiers de l’époque moderne sont rappelés.

Après avoir évoqué la Révolution dans le village, l’auteur montre que Pradines est une commune essentiellement agricole en 1850. Une partie de la population vit dans la pauvreté au XIXe siècle et la crise du phylloxéra fait disparaître la vigne. L’évolution du village au cours des deux derniers siècles est retracée, avec les mutations progressives et continues vers la modernité actuelle qui fait de Pradines une « ville à la campagne ». Des personnalités célèbres ayant partagé la vie de Pradines sont évoquées, comme la pacifiste et féministe Marcelle Capy, l’ancien président du Sénat et du Conseil général du Lot, Gaston Monnerville, et le « peintre de la lumière » Eugène Pujol.

                                                                                            Geneviève Dreyfus-Armand

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Serge Austruy et Claude Lufeaux,  Pradines en images, Pradines, mairie de Pradines, 2013.

Venant en agréable complément au livre d’histoire précédemment décrit, ce recueil de documents iconographiques a été préparé par Serge Austruy et Claude Lufeaux, membres actifs de la Société des études du Lot. Cet album se feuillette avec grand plaisir. Aussi bien par ceux qui découvrent Pradines, que par les Pradinois, qui le verront sans doute avec curiosité et un brin d’amusement ou de nostalgie.

Issues de collections familiales ou publiques, cartes postales et photos donnent à voir Pradines et ses habitants : les écoles et leurs élèves, les maisons et leurs habitants, la rivière Lot, la gare, l’aérodrome de Labéraudie, les jours de fêtes, les éléments du patrimoine ou les travaux des champs. Ainsi que les personnalités qui ont illustré la commune : des Justes parmi les nations de la sombre période de l’Occupation, mais aussi Marcelle Capy, Gaston Monnerville et Eugène Pujol.

 Geneviève Dreyfus-Armand